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Daftworld

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Bienvenue sur le blog du plus grand fan Officiel de DAFT PUNK !!!


Longue interview de Sebastien Tellier

Publié par daftworld sur 26 Mai 2014, 17:06pm

Sebastien Tellier est au champagne. Le timbre se fait parfois hésitant. Mais s'il se défend d'être « un mondain », l'homme est manifestement rompu aux affres de l'ivresse. Ça le met à distance autant que ça l'expose. Difficile de déterminer si Sebastien Tellier est l'arnaque du siècle ou un artiste véritable mais il est certainement un peu des deux, et lui-même le confessera, à demi mot. Un peu comme une version chanson de Christophe Rocancourt. Prestidigitateur à la cool. Ex-banlieusard complexé. Certains ne retiendront que le sourire trop mondain pour être honnête, les déclarations un peu fumeuses. Les autres capteront un fil rouge, l'ombre d'un type qui s'est attribué un rôle d'amuseur sans jamais avoir déterminé comment en sortir.

Comme d'habitude, son nouvel album vient avec son concept, le Brésil, que le gars Tellier a choisi comme décorum pour revisiter son adolescence. La mise en scène de lui même : c'est là qu'il excelle. Les concepts, comme une peur du vide pour un garçon bien plus conscient de ses failles, bien plus conscient tout court, que l'on pouvait l'imaginer. Les concepts sont à ses albums ce que le champagne, le rhum ou la vodka sont à Sébastien Tellier. Comme un besoin d'enrober, la peur de ne pas été compris et, surtout, de ne pas être aimé. De mettre à distance et de se rassurer. En face à face, Sebastien Tellier est clairement un gars too much. Et ses albums sont pareils : ils débordent d'un ego qui ne demande pourtant qu'à se faire la malle.

Pourquoi le Brésil ?

 

Ce qui m'attire au Brésil en premier lieu, c'est la musique. J'ai eu un flash, lors de mon premier voyage là-bas. Ça s'est passé durant le trajet de l'aéroport jusqu'à la salle de concert, dans la voiture de celui qu'on appelle le "rider", celui qui nous conduit à l'aéroport. Et là le mec, comme souvent avec les riders, écoutait de la musique super underground, mais je n'ai jamais pu retrouver ce que c'était. C'était de la musique un peu funk, très psychédélique, des années 70, et c'était bon, très très bon. En fait, je me suis dit : "Voilà mon truc". J'aime les accords complexes, j'aime les harmonies complexes... et pourtant, il ne faut pas trop jouer avec les accords complexes si tu composes un morceau, sinon ça va sonner intello, chiant. Tandis que la musique brésilienne est bourrée d'accords complexes, c'est très dur à jouer, c'est très technique, ce ne sont pas du tout les mêmes rythmes que ceux que l'on apprivoise quand on apprend à faire de la musique. Et le résultat de tout ça, c'est la fête, c'est-à-dire que la complexité a pour but final la légèreté, la danse. Voilà ce qui m'intéressait dans la musique brésilienne, c'est pour ça que j'ai choisi le Brésil comme décor. C'est parce que justement, il y a tout : la profondeur, la complexité, mais tout ça au service de la légèreté. Et c'est exactement moi. Enfin, c'est exactement ce que j'aimerais devenir, en fait.

 

Au final, les influences brésiliennes sont plutôt secondaires. L'aventura est avant tout un album de chanson française. Pourquoi ce besoin d'utiliser un décor, d'emballer le truc ?

 

C'est comme tous mes albums : la fuite en avant. C'est pour ça que j'ai choisi un pays lointain et où il fait beau, un pays plein de couleurs, plein de joie, plein de danse. Je m'en sers pour réécrire mon enfance, en faire une enfance lumineuse, colorée, chatoyante, qui a un décor. C'est important pour les textes, la mise en scène. Moi j'ai grandi à Cergy-Pontoise, mais au moins au Brésil, il y avait, pour le français que je suis, un côté exotique. C'est loin, et comme c'est loin, c'est l'occasion de se reconstruire.

 

C'est une manière de te cacher aussi, peut-être ?

 

Oui, bien sûr, parce que pour moi c'est à la fois l'album le plus sincère et le moins sincère que j'ai jamais réalisé. Dans la mesure où justement je donne une image très belle, très lumineuse de mon enfance, alors que j'ai vécu une enfance sombre de banalité, sombre de morosité, sombre parce que c'était à Cergy-Pontoise. Sombre parce qu'il n'y avait aucune activité sympa, sombre parce que quand tu viens de là-bas, tu n'es personne. Et si encore j'avais été stigmatisé par la télévision, si j'avais appartenu à une bande de voyous, qui casse tout, qui prend un chauffeur de bus en otage...

 

Un jeune blanc bien tranquille.

 

Quand on est un jeune blanc de banlieue, on n'est rien. On est une merde toute transparente (rires, champagne). Et donc, c'est là où on commence à beaucoup créer. C'est là où on se réfugie dans l'art, la musique, Guns & Roses, De Palma, Scorsese. Et puis on finit par se réfugier tout le temps, finalement, sans s'en rendre compte.

 

Mais le Brésil, ce n'est pas que des gens souriants et des culs bombés. Tu l'as forcément remarqué, non ?

 

A l'époque, j'avais imaginé chanter toutes les chansons de My God Is Blue dans une cathédrale. Et avec Sexuality, je m'imaginais sur un beau voilier avec des bouteilles de champ' au frais. Mais aujourd'hui, je trouve plus de beauté dans l'imperfection, dans ce qui est décharné, abandonné. C'est simplement l'évolution de mes goûts esthétiques, et ça aussi le Brésil ça y répond : Rio, c'est moche, les appartements ressemblent tous à des HLM, c'est infect. Bien sûr, quand on se place tout la haut, qu'il fait nuit et qu'on ne voit que les lumières, ça fait un super ensemble. C'est magnifique. Mais quand tu retournes en bas, à échelle d'homme, tu as l'impression de te promener dans une ville de merde. Pour moi, la beauté, c'est fini. Il y a une forme de perfection dans la beauté qui me rend très malheureux. Sur L'aventura, souvent, la guitare est peut-être un peu mal accordée, il y a quelques errances... ça a son petit charme. Je suis redescendu de cette espèce de délire de perfection dans lequel j'étais sur My God Is Blue, pour redevenir quelqu'un qui pourrait traînasser dans la rue et trouver ses idées en mangeant un kebab. Alors qu'avant, je voulais qu'on s'imagine que mes idées venaient du haut d'une tourelle.

Longue interview de Sebastien Tellier

Ces concepts, tu admets donc qu'ils existent pour faire parler, pour qu'on ait quelque chose à dire au-delà des chansons ?

 

Voilà, complètement, parce que la note en elle-même ne suffit plus. C'est comme Elvis, il avait aussi un déhanché, un

physique : il n'avait pas que des chansons. D'ailleurs, ça fait longtemps que la musique ne suffit plus, il faut un look. Moi mon look, je l'associe à mon concept. Là j'ai un fut' de cheval rentré dans des bottes, histoire de faire Brésil. J'essaye de représenter à travers mes vêtements la philosophie de ma musique, et justement je trouve qu'il y a beaucoup à faire autour de l'imagerie, parce qu'elle véhicule quelque chose qui a une forte influence sur les jeunes. En ce moment, l'art américain me répugne parce que ses idoles sont des marionnettes. C'est quoi, cette vision du monde qui date de quarante ans ? « Il faut se dépasser », ce genre de conneries.

 

Tu comptes changer de thématique pour ton prochain album ? Tu sais déjà de quoi tu veux parler ?

 

La thématique latino, c'est fini. En revanche, je sais déjà de quoi je veux parler après, c'est joué depuis longtemps. Ce qui est sûr, c'est que cette histoire de trouver l'équilibre dans la musique brésilienne, c'est un bonheur unique, je ne vais le faire qu'une fois. Les accords complexes et les mélodies complexes au service de la simplicité, je vais devoir inventer une autre technique pour l'atteindre à nouveau. Le seul album que je compte un jour refaire et refaire et refaire, c'est Sexuality, par exemple

« Sexuality 2 », « Sexuality 3 ». Pourquoi pas ? Le sexe, c'est quand même le seul truc au monde qui m'intéressera toujours, même quand je serai un vieux papy. D'ailleurs, je ne fais pas confiance aux gens qui ne sont pas des obsédés sexuels. À un moment, tu vois un bon petit cul qui passe et t'es là : « Pfff, faut vraiment que je le baise ». Quand il n'y a pas ça, ça veut dire qu'on commence à partir dans des sphères que je ne comprends plus.

 

Ricky l'adolescent (où Tellier chante « Ricky c'est l'adolescent qui a du mal à parler ») j'imagine que c'est toi ?

 

Oui,c 'est moi quand j'étais adolescent. C'est comme un disque miroir en négatif : 80% du disque sont joyeux et 20% sont très sombres. Mais en fait, c'est l'inverse de ce qu'a vraiment été mon enfance, avec 20% de moments joyeux et 80% de trucs sombres.

 

« Ricky l'adolescent », c'est un peu ce qu'on avait envie d'entendre de ta part, en fait.

 

C'est comme un film d'action réussi. Tu peux dire qu'un film d'action est génial quand justement il compte de grandes scènes où il n'y a aucune action. On fait des zooms sur les yeux du mec pendant une minute, on sent que ça va péter, c'est ça qui rend fou. Pour moi c'est pareil : dans un texte, parfois, il faut dire l'inverse de ce que tu veux exprimer pour mieux être compris. Mais en tout cas, ce que je cultive, c'est le paradoxe. J'aime créer des œuvres et ce qu'il faut, ce n'est pas la comprendre. Il faut la ressentir. C'est pour ça que dans ce disque il n'y a aucune logique, ce n'est pas une vraie enfance, ça se passe au Brésil mais je n'ai pas grandi là-bas. Je suis un mec d'Île-de-France qui est perçu comme un grand parisien, un peu comme si j'étais toujours en diner en ville alors que je déteste ça. De toute façon, même si je suis en diner en ville, je ne serais rien de plus qu'un rat qui se sera fait un chemin. Je serai jamais un vrai mec. Donc finalement, ces espèces de paradoxes, ces non-sens, ce sont aussi eux qui donnent le parfum de mon art. C'est du mensonge, finalement. Et moi, mes contradictions me permettent d'être plus véritable.

Longue interview de Sebastien Tellier

Sébastien Tellier ne serait donc pas un mondain...

 

Ce que je déteste, c'est qu'on ne me voit pas comme un passionné de musique alors que le vrai fondement de ma vie, c'est la musique. Ce qu'il faut savoir, c'est que quand on aime vraiment le solfège, les accords, on commence à se passionner pour des trucs du style : « Tiens, ces deux accords à la suite, ils sonnent faux mais pourrait-on rajouter quelque chose par dessus qui fasse que, justement,  ils sonnent justes ? » Moi je suis dans ce genre de démarche, je cherche les portes secrètes de l'harmonie, je cherche les failles du solfège. De la même manière qu'il y a des trucs qu'on ne peut pas résoudre avec les mathématiques, la musique est pleine de failles, il y a encore des espaces qui sont libres ou inconnus. Voilà ce qui m'anime quand je me lève le matin. Ça me gêne qu'on me voit comme une sorte de bonhomme Michelin, le mec qui fait juste « hé, coucou les

enfants ! »

 

Beaucoup de monde adore te détester.

 

Par exemple, là, j'ai une chanson qui s'appelle « Comment revoir Oursinet ? ». C'est un mec qui part à la recherche de son doudou. Inévitablement, certains vont adorer et se dire « quel courage d'avoir osé parler de son doudou » et d'autres qui diront

« mais pour qui il se prend ce pauv' mec avec son histoire de

doudou ? ». J'adore ça, c'est mon fond de commerce.

 

Tu as l'impression d'être mal compris ou c'est un truc dont tu te fous royalement ?

 

La seule fois où j'ai véritablement ressenti un malaise avec la sortie d'un album, c'était sur My God Is Blue. C'était vraiment un album qui avait pour but de parler d'amour et de spiritualité, mais de façon super soft et hyper légère. C'était la seule fois où j'ai ressenti de l'incompréhension. Et puis cette histoire de buzz aussi, avec le clip de « Cochon Ville » qui a fait 500 000 vues en un weekend... Je voulais que ça marche, je voulais être présent et bien sûr que j'aime le blé, mais je vous jure que ce n'est pas ma motivation première. Si c'était pour le blé, je ne ferais pas des intros de 40 minutes avant de me lancer, je ne me verserais pas des bouteilles de vodka sur la tête en concert. Mais mon défi, c'est aussi de faire de l'underground qui cartonne, je serais peut-être le seul mec à le faire, cool. Je ne veux pas faire de la musique de daube et en vendre des camions, ça, c'est facile. J'essaye vraiment d'être le De Palma de la musique. De Palma fait des films bizarres, un peu olé olé voire vraiment limites, ou de mauvais goût. La classe, c'est un savant mélange de ce qui l'est, de ce qui ne l'est pas du tout et de ce qui peut l'être un peu. J'éprouve un certain plaisir lorsque les gens trouvent ma musique kitsch ou de mauvais goût, parce que ceux qui écrivent ça sont tellement loin des notions de raffinement.

 

On ne sait pas toujours où se trouve la démarcation, chez toi, entre ce qu'il y a de spontané et ce qui est prémédité, pré-enregistré.

 

Comme tous les excentriques, je suis un grand calculateur. Vouloir être excentrique, c'est vouloir cacher tout ce qu'on a de terre-à-terre en nous. Et donc moi, comme tous les excentriques, je suis un mec hyper terre-à-terre. Je pense plus à ma retraite que n'importe quel musicien. Si on me compare à Breakbot, lui il vit dans l'éphémère, il vit dans le champagne, il vit dans le monde des tubes. Moi je vis dans un autre monde, je travaille sur du long terme. J'essaye effectivement de sortir des disques sur lesquels je puisse m'exprimer mais qui créent également l'évènement, quelque chose dont on a envie de parler. Mon rêve ultime, ça aurait été d'être le Victor Hugo d'aujourd'hui.

 

Tu te vois vieillir comme un Aznavour ?

 

Non, pas comme Aznavour, je me vois plus vieillir avec la grosse barbe blanche, les cheveux hyper blancs, je me vois vieillir comme un Dali en fait. Dali, j'aime bien. Plus on entretient sa folie, plus on reste jeune, plus on arrive à dire des choses pertinentes et moi c'est ça que je veux. Développer la folie, l'art naïf, passer le reste de ma vie à redevenir un enfant, bien qu'étant adulte. Je n'ai pas envie de faire des galas, des récitals et toutes ces traditions de la chanson française comme pouvait le faire Aznavour. Je passe par les codes de la pop, j'adore la pop, j'ai envie d'être connu même si c'est vulgaire, je suis obligé de flirter avec ça. Donc je pense qu'en vieillissant, je vais pouvoir m'approcher de plus en plus de mon art réel, mais là, il est encore trop tôt, je suis obligé de faire des compromis. D'être efficace.

Longue interview de Sebastien Tellier

Ça se matérialise comment, cette envie de durer, au quotidien ?

 

C'est une question qui me revient toujours. « Cette chanson, est-ce que je la met sur le disque ou pas ? Est-ce qu'elle va me permettre de faire un autre disque ? » C'est ça qui m'obsède. Par exemple, tout le monde s'est toujours foutu de la gueule de Michou et de ses vêtements bleus, n'empêche que quand tu vois une photo de Michou, tu le reconnais aussi vite que Michael Jackson. Et moi c'est ça : pour qu'on me reconnaisse toujours, pour durer le plus longtemps, je passe par des phases qui sont très bizarres. Tous ces chanteurs abominables qui essayent de se la jouer gendre parfait, la coupe courte, les jeans et la veste H&M par dessus, tous ces mecs-là me font gerber. Ce sont des vies ratées, ces vies de moutons me font vomir. Être un mouton dans la culture, il n'y a rien de plus gerbant.

 

Toutes ces réflexions sur l'art et sur le futur, c'est la sagesse du jeune père ?

 

Complètement. Tous ceux qui sont devenus pères savent très bien que ça change tout. Enfin, le monde ne change pas, mais la vision qu'on en a, oui. De nouvelles priorités prennent le pas. Quand on est chanteur, c'est fou : on passe sa journée à se regarder la gueule, à se regarder le nombril. Moi, je suis quand même très égocentrique, donc ça me va. « Alors est-ce que j'ai fait la couv',est-ce que j'ai pas fait la couv' ? Est-ce que j'ai une bonnegueule sur cette photo ? » Le fait d'avoir un enfant me pousse à faire attention à quelqu'un d'autre que moi. Ça m'a fait sortir de mon nombrilisme et de mon égocentrisme. Et puis quand tu regardes certaines icônes comme Michael Jackson ou Elvis, ce ne sont pas des représentations d'une vie réussie. À bien des égards, leurs vies ont été des échecs. Alors qu'en tant que père, on veut vraiment réussir sa petite vie perso, ça change, on ne va plus faire la même musique. C'est-à-dire que j'aurais honte de dire à mon fils : « Tu vois Papa, il passe sa journée au studio en essayant de faire des tubes. Dancefloor, dancefloor, papa il a beaucoup chanté sur de la dance ».

 

Tu voudrais lui montrer quoi ?

 

J'ai envie de lui dire, « papa il a parlé de ça, il a traité tel sujet ». Ça m'intéresse plus de lui donner ça quedes apparts de 300 mètres carrés dans le seizième achetés avec le fric qui vient de la boue. Parce que je tiens à rappeller qu'aujourd'hui, pour avoir beaucoup de succès dans la musique, il faut passer par la radio. Mais malheureusement, la radio, elle est tenue par les gens qui aiment le moins la musique au monde. Pourtant, il y a plein de bonnes choses qui se font en France, il y a tous mes potes comme Kavinsky, il y a les Daft, Air, plein de mecs qu'on pourrait faire passer à la radio, mais non. Les mecs préfèrent passer des chansons qui ressemblent à celles de Patrick Bruel mais vingt ans après. Quand on est Patrick Bruel, pourquoi pas, il a inventé une certaine normalité de la chanson mais en revanche, tous les sous-trucs, les sous-Goldmann, les sous-Bruel... les programmateurs passent ça en se disant « presque le même truc a marché la fois dernière, alors allons-y ». En Angleterre, en Californie, vous pouvez aller dans un supermarché et c'est une radio nationale qui passe les Beach Boys, mais en France, les mecs sont obsédés sur les guitares électro-acoustiques qui sortent les sons les plus ignobles. Les batteries les plus mal faites du monde, c'est toujours la même chanson, toujours le même refrain. Donc je suis très en colère contre les programmateurs qui sont pour moi des incapables. C'est le rayon PQ de chez Auchan dans leur tête. Et si un jour je devais me battre à nouveau - j'espère que ça n'arrivera jamais - j'aimerais bien démolir la gueule d'un programmateur radio français.

 

Pourquoi avoir fait l'Eurovision alors ? C'est le rayon PQ de l'industrie musicale.

 

Parce que justement, l'Eurovision c'est à la fois le show le plus regardé d'Europe et le lieu où l'on rencontre les gens les plus bizarres. C'est la cour des miracles, t'as le travesti, le pédé refoulé - les trois quart sont des pédés refoulés d'ailleurs - des filles qui se maquillent, des mecs avec des ailes d'ange. À l'Eurovision, les mecs ne sont pas FN, les mecs ils sont open, tout le monde est le bienvenu.

 

Quand, ou comment, sauras-tu que ta vie est réussie ?

 

Je pense beaucoup à la fin parce que quand même, le symbole d'une vie réussie, c'est un beau finish. Si c'est pour crever comme un con dans la misère ou dans la douleur... moi, je veux absolument pouvoir faire de la musique jusqu'à la fin de ma vie, sinon je sens que ça va pas le faire.

 

Et c'est quoi un beau finish ?

 

Un beau finish, c'est l'héro. Tu prends de l'héroïne et tu passes à côté de la souffrance. Avec l'héro t'as pas chaud, t'as pas froid, t'as pas mal aux doigts, t'as pas mal au dos, t'as pas mal à la tête : tout va bien. Donc pour moi, c'est ça un beau finish, et avant ça, c'est faire de très beaux disques, puis d'en venir à la mort, main dans la main avec ma femme. Gros shoot d'héro et puis partir comme ça. Moi, je ne vais pas être du style à affronter la maladie, non moi je vais me foutre des seringues dans le bras. On a une très mauvaise vision de la drogue en Occident, on considère que c'est le diable, alors que les supermarchés sont bourrés d'alcool à mort. Je ne me vois pas finir autrement que sur-drogué. Franchement, la maladie, les hôpitaux, les maisons de vieux, c'est quelque chose que je ne veux surtout pas vivre, je préfère largement être dans mon hôtel particulier de Montmartre, bourré d'héro avec ma meuf.

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