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Daftworld

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Bienvenue sur le blog du plus grand fan Officiel de DAFT PUNK !!!


L'histoire secrète de la French Touch

Publié par daftworld sur 3 Juillet 2014, 12:25pm

La French Touch qu’est-ce que c’est ?

C’est un moment unique dans l’histoire. Quelques années qui ont bouleversé la musique française. Entre 1995 et 1999, Motorbass, Daft Punk, Cassius, Etienne de Crecy, Mr Oizo et quelques autres, vont non seulement sortir une poignée d’excellents disques mais surtout connaitre un succès mondial qui va changer à jamais le regard que la France porte sur elle-même et ses musiciens. Depuis, le terme French Touch a été mis à toutes les sauces, désignant une France qui innove et qui s’exporte que cela soit dans l’univers de la cuisine, de la mode, du jeu vidéo. Mais le point de départ de tout ça c’est bien la musique. Cela méritait bien que Daftworld lève le voile sur « l’histoire secrète de la French Touch » en répondant à ces quelques questions essentielles.

Mais comment s’appelait le premier label électro français ?

 

Manu Casana

Manu Casana

« Paris ne s’est pas fait en un jour », dit le dicton. La French Touch non plus.

Si la scène électronique française n’a réellement décollé qu’au milieu des années 90, avec le succès des disques de Motorbass, St Germain ou Dimitri From Paris, entraînant l’intérêt des médias comme de l’industrie de la musique ainsi que la naissance d’une myriade de petites maisons de disques indépendantes ultra dynamiques, ces succès n’auraient jamais été possibles sans le travail d’une poignée de pionniers qui se sont lancés dans l’aventure house/techno dès la fin des années 80 et dont l’histoire ne se souvient malheureusement pas toujours du nom.

Parmi ceux-là il y a Manu Casana, dont tous les acteurs de milieu électro français s’accordent à reconnaitre qu’il compte parmi les premiers activistes à avoir organisé des raves en France. Peut-être même est-il le premier producteur de soirées. Manu Casana Manu Casana En tout cas s’il y a bien une information que personne ne dément c’est que son label, Rave Age Records, créé dès 1989 (même si sa première référence n’atterrira dans les bacs qu’en 1990) est le premier label électronique français, précédent de plusieurs mois d’autres maisons de disques pionnières comme Asmodee Production ou Fnac Dance Division.

Manu Casana n’avait pourtant pas l’âme d’un raver. Dans les années 80, il ne fréquente pas les clubs et déteste le disco. Son truc c’est le punk hardcore et la scène rock alternative particulièrement active à cette époque en France. Il est chanteur du groupe Sherwood dont on retrouve la trace sur une multitude de compilations et de cassettes autoproduites de ces années mouvementées, non loin des Béruriers Noirs ou des Garçons Bouchers. Parallèlement, il travaille au service import d’un petit distributeur de disques français aujourd’hui disparu et cultive de nombreuses amitiés avec des musiciens anglais.

Un jour, à Londres tous mes amis punk sont devenus fous. Ils voulaient aller dans une house party.

« Un jour, à Londres, comme il le raconte en 1998, dans les pages du magazine Trax, tous mes amis punk sont devenus fous. Ils voulaient aller dans une house party. J’ai refusé catégoriquement de les accompagner car j’associais encore cette musique au disco. Il a fallu qu’ils me trainent. C’était en mars 1987, la fête avait lieu dans des entrepôts abandonnés et je ne m’en suis jamais remis.»

Rave Age Records

Le logo de Rave Age Records

Passé ce premier choc, Manu Casana n’aura de cesse que d’importer cette culture en France, en ramenant des disques d’abord, puis en produisant des soirées dès 1988 (il organisera notamment des raves restées célèbres pour le quotidien Libération et à l’occasion des Transmusicales de Rennes) et enfin en lançant Rave Age Records.

Durant ces trois années d’existence (1990-1993), Rave Age sortira une dizaine de références, tissant des liens étroits avec la scène anglaise ou américaine (sortant notamment des disques des pionniers Frankie Bones, Adam X ou Juno Reactor) et donnant la chance à des artistes français comme Pills, Juantrip ou Olivier Abitbol, qui ont tous à leur manière marqué les débuts de la French Touch. Intitulé sobrement « Sexe » et signé par l’éphémère duo Discotique, le tout premier maxi sorti en 1990 par Rave Age Record est emblématique. Derrière Discotique se cache Christophe Monier et Michel Vidal, deux pionniers encore actifs aujourd’hui. Si le premier signera par la suite de nombreux succès des années 90 et 2000, notamment sous les noms The Micronauts ou Impulsion, le second est un des DJs français les plus réputés. Ironiquement lui aussi vient du punk, puisqu’il a été le guitariste de Marie et les Garçons, l’un des plus importants groupes rock français des années 80.

Non, décidément, la French Touch n’est pas née en 1995 avec la sortie de “Da Funk” des Daft Punk.

Comment Eric Morand a convaincu la FNAC de se lancer dans la techno et initié la French Touch ?

C’était une autre époque. Les disques se vendaient encore dans des magasins.

La Fnac était sans aucun doute le plus grand disquaire français et on ne trouvait nul aspirateur ou machine à café dans ses rayons. A l’aube des années 90 ses actionnaires avaient même eu l’idée de créer en son sein une multinationale discographique française, qu’ils souhaitaient capable de rivaliser avec les majors du disque comme EMI ou Warner.

Lancée en 1991, l’aventure hasardeuse de Fnac Music s’est soldée par de lourdes pertes financières et un dépôt de bilan retentissant en 1994. Et pourtant c’est aussi là que s’est joué un moment essentiel de l’histoire de la French Touch. Futur patron du célèbre label F Communications, Eric Morand est un homme clef de cette histoire.

Contrairement à Manu Casana, la culture musicale d’Eric Morand n’est pas née sur la scène punk. Il a débuté sa carrière dans l’industrie du disque en travaillant chez Scorpio, le label spécialisé dans le disco et l’eurodance la plus commerciale lancé en 1976 par Henri Belolo, le producteur de Village People.

 

Eric Morand

Eric Morand

 

C’est pour Scorpio qu’il voyage en Belgique à l’époque de l’explosion de l’éphémère mouvement New Beat, qui préfigure la techno et la house. Mais s’il réussit à faire publier quelques disques chez Scorpio, le label reste trop commercial pour qu’Eric Morand y épanouisse sa nouvelle passion pour la balbutiante scène électronique.

Il part alors travailler chez Barclay, le label de Noir Désir et d’Alain Bashung, qui commercialise également en France les disques du label anglais FFR. En 1989 chez Barclay, personne ne sait quoi faire de cette structure qui pourtant héberge déjà des artistes aussi importants dans l’histoire de la scène électronique qu’Orbital. C’est d’ailleurs comme ça qu’il rencontre et sympathise avec Laurent Garnier, son futur associé au sein de F Communications.

A l’époque, Garnier, a déjà terminé l’école hôtelière, qu’il avait intégrée pour faire plaisir à ses parents, et abandonné son poste de « valet » à l’Ambassade de France à Londres pour suivre sa fiancée de l’époque partie gérer un restaurant à Manchester. C’est dans cette ville, l’une des plus importantes pour la musique en Angleterre, qu’il devient professionnel des platines en travaillant dès 1987 à l’Hacienda, le célèbre club financé par le groupe New Order, sous le nom de DJ Pedro. Celui qui deviendra le premier ambassadeur de la scène électronique française multiplie déjà les allers et retours entre la France et l’Angleterre pour jouer au Palace, à la Luna, au Boy et bientôt au Rex Club. Et pourtant, au début des années 90, sa rencontre avec Eric Morand qui lui offre les disques dont il a la distribution française en charge, est l’un de ses premiers contacts avec ce milieu du disque parisien qui ignore alors royalement la scène électronique.

Ce mépris pour la house et la techno, Eric Morand va y être très souvent confronté au début des années 90. Chez Barclay, notamment, Pascal Nègre qui dirige le label ne s’y intéresse pas du tout. C’est pourquoi Eric Morand s’en va encore et intègre Fnac Music créée quelques mois plus tôt. C’est là qu’il lance Fnac Music Dance Division. « Mon patron de l’époque n’était pas passionné par cette musique mais au moins il comprenait ce qui se passait, se souvient Eric Morand. Le premier label que j’ai pu signer en distribution française chez Fnac Music Dance Division c’est Warp, ensuite il y a eu Strictly Rhythm de New York. J’avais surtout l’ambition de sortir les disques d’artistes français. Et tout naturellement de mon ami Laurent Garnier dont le premier maxi est sorti en 1991. Ensuite, très vite, j’ai rencontré Ludovic Navarre, qui ne signait pas encore sous le nom de Saint Germain, Shazz, Scan X ou encore Lunatic Assylum… »

 

Quand on arrivait à mettre en place 45 maxis CD et 35 vinyles c’était la fête

 

Mais en attendant l’explosion mondiale de la scène française, Eric Morand prêche longtemps dans le désert. Les années 1991-1993 sont particulièrement difficiles. Les disques qui sortent sur Fnac Music Dance Division n’intéressent pas grand monde. Les magasins ne veulent le plus souvent même pas les proposer et les distributeurs Anglais ou Allemands leur rigolent au nez. « Quand on arrivait à mettre en place 45 maxis CD et 35 vinyles c’était la fête », se souvient sans amertume Eric Morand.

 

A bout de soufle EP

A bout de soufle - 1993

 

Même les disques de Warp Record, notamment le premier album de LFO devenu mythique aujourd’hui et que Fnac Music Dance Division sort en France à l’époque, font des ventes catastrophiques. Pourtant au même moment, à Paris d’abord puis dans toute la France, les soirées électroniques se multiplient. La culture DJ est en marche. Rien ne l’arrêtera plus.

Pour Eric Morand et Fnac Music Dance Division les choses vont se débloquer à la fin de 1993. Lors du Midem, traditionnel raout des professionnels du disque européen. Subitement tout le monde s’intéresse à deux titres sortis par Fnac Music Dance Division qui vont bientôt devenir des tubes européens, « Wake up » de Laurent Garnier et le maxi de Choice, derrière lequel se cache Shazz, Saint Germain et Garnier réunis. Pourtant c’est déjà trop tard. Les dirigeants de Fnac Music, eux-mêmes en difficulté, n’ont jamais compris ni beaucoup aimé leur division électronique. Même quand cela commence à marcher, ils imaginent que c’est un coup de chance qui ne va pas durer et qu’il vaut mieux arrêter les frais. Eric Morand qui se sent de moins en moins soutenu prend alors la décision de partir pour créer F Communications. Tous les artistes le suivent, la Fnac n’essayera d’en retenir aucun. Dommage pour elle.

 
L'histoire secrète de la French Touch

Comment les hommes de l’ombre de MC Solaar sont devenus les rois de la French Touch ?

Qui aurait imaginé que le trio majeur de la French Touch, Hubert “Boombass” Blanc Francard, Phillipe “Zdar” Cerboneschi et Etienne (pas de surnom) De Crécy allait se rencontrer dans un lieu fréquenté par Sting, Serge Gainsbourg, Etienne Daho ou Michel Jonasz et où allaient naître les deux premiers albums de Mc Solaar ?

 

Hubert “Boombass” Blanc Francard

Hubert “Boombass” Blanc Francard

Phillipe “Zdar” Cerboneschi

Phillipe “Zdar” Cerboneschi

Etienne De Crécy

Etienne De Crécy

Pourtant c’est bien le mythique lieu d’enregistrement du XIX arrondissement de Paris, le Studio Plus 30, qui a été le témoin de la première rencontre, il y a plus de vingt ans, entre les trois garçons. Zdar est alors un tout jeune ingénieur du son. En 1989, ce savoyard beau gosse et plein d’énergie est le stagiaire au Studio Marcadet d’un certain Dominique Blanc Francard, “La” pointure des ingénieurs du son et des producteurs de l’époque, et le père d’Hubert. C’est naturellement lui qui fait les présentations. Malgré des racines musicales différentes, AC/DC et Metallica pour le provincial et les musiques blacks pour le Parisien, c’est le coup de foudre. On exagère à peine.

1991 est l’année décisive dans leur collaboration musicale. Philippe mixe alors le premier album de MC Solaar “Qui sème le vent récolte le tempo” une œuvre pionnière du rap français qui éclot alors de ses premiers bourgeons. On trouve sur le disque les tubes “Bouge de là” mais aussi “Caroline”.

 

Qui sème le vent récolte le tempo

Qui sème le vent récolte le tempo - 1991

 

Hubert qui comme souvent traîne au studio amène quelques sons. Sa contribution à l’album donnera le morceau titre, “Quartier Nord” ou l’excellent “la Musique adoucit les mœurs”. Détail amusant, Hubert est alors affublé du surnom “Pigalle Boom Bass”. Le “Pigalle” serait dû à la fréquentation assidue d’une des spécialités du quartier parisien du même nom, non pas les entraîneuses mais les magasins de musique.

Sa participation, pour le moment relativement modeste, marque la création d’une dream team autour du rappeur qui va donner toute sa mesure lors de l’enregistrement de son prochain album. Mais n’allons pas trop vite en besogne. Car Etienne de Crécy n’a toujours pas pointé sa tête dans le studio. Normal il vient juste de frapper à la porte. Et de trouver une place comme assistant au Studio plus 30 tout en devenant au même moment le “coloc” de Philippe Zdar dans un appartement qu’ils partagent avec un troisième complice Philippe Gandilhon, directeur artistique travaillant aujourd’hui chez Sony et connu accessoirement pour avoir participé au jury de Popstars.

La façon dont j’utilisais la compression et les réverbs pour faire de la house, ça se retrouve dans Prose Combat.

Un soir de décembre 1992, Zdar et De Crécy font une découverte qui va chambouler leur vie. Par hasard, le duo débarque sur une péniche accostée dans le Vème arrondissement de Paris où se déroule une rave.

 

Pansoul

Pansoul - 1995

 

C’est la “ravelation” techno, une musique qui les scotche au plafond. Eux qui ne connaissent alors pas grand-chose aux machines, se précipitent dans la foulée chez Hubert pour lui demander comment fonctionne un sampler.

De Crécy trouve le nom “Motorbass”, qui reflète leur amour pour Detroit, le berceau de la techno, et des grosses basses, et le duo se met immédiatement à composer des titres que l’on retrouve pour la plupart sur le sublime et unique album de Motorbass, Pansoul sorti en 1995. Un disque que le duo conçoit alors que Zdar est en plein mixage du chef d’œuvre de MC Solaar “Prose Combat” (1994) qui a été grandement influencé par la nouvelle passion de l’ingénieur du son pour la musique électronique. Zdar ayant déclaré récemment : “La façon dont j’utilisais la compression et les réverbs pour faire de la house, ça se retrouve dans Prose Combat.”

Mais le rôle de Boom Bass dans la genèse de ce classique est tout aussi essentiel. Puisque c’est lui notamment qui a l’idée d’utiliser le sample du Bonnie & Clyde de Gainsbourg sur le morceau “Nouveau Western”.

 

Prose Combat

Prose Combat - 1994

 

La composition de ces instrus par Hubert va servir de matrice pour le projet La Funk Mob qu’il lance avec Philippe Zdar. Ils sont signés très vite sur le label Mo’Wax, le label fondateur de l’abstract hip hop (du hip hop instrumental mixé avec une touche de house). Qu’un label Anglais s’intéresse à des frenchies est quelque chose de profondément nouveau et va contribuer à lancer l’aura de cette fameuse French Touch. Le premier maxi des deux hommes, le cultissime “Ravers Suck Our Sound” a même le privilège d’être remixé par un des héros de la techno de Detroit, Carl Craig.

Paradoxalement, alors que la French Touch, est toujours associée à la piste de danse, on se rend compte que les projets fondateurs du mouvement, Motorbass ou La Funk Mob n’ont que peu de rapports avec le dancefloor. Sombres et introspectifs, ils apportent une dimension inclassable à la musique électronique, en révélant aussi ses racines blacks et sa proximité avec le hip hop.

La French Touch est-elle vraiment née sur un blouson ?

Aujourd’hui encore, il existe un doute sur la naissance du terme French Touch. Pour certain, il serait né sous la plume d’un journaliste anglais, pour d’autres, il viendrait d’un blouson promotionnel conçu pour le label de Laurent Garnier et Eric Morand, F Communications.

Il existe des mots qui flottent dans l’air, ou plutôt dans leur époque. C’est le cas de la French Touch, et de nombreux autres termes définissant des genres musicaux, qui traversent les années, sans que l’on connaisse véritablement leur origine.

Au sein de la scène électronique, le terme semble toutefois faire d’abord référence au slogan, « We give a French Touch to house », ornant un blouson promotionnel du label F Communications, qui figure parmi les premières maisons de disques indépendantes à exporter la créativité des musiciens électroniques français. Dès cette époque, Eric Morand se souvient ainsi qu’il avait compris que, dès lors qu’un musicien français connaîtrait un succès à l’étranger, « ce serait le déclic pour que la France commence à s’y intéresser ».

 

Le blouson

 

C’est donc dans cette optique, en 1993, que le fondateur du label imagine le slogan « we give a French Touch to house », que l’on retrouve dans quelques pages de pub de la presse musicale, en Angleterre comme en Allemagne. Mais, avoue Morand, « le terme French Touch circulait déjà beaucoup dès 1993. Il était à l’époque le plus souvent utilisé pour évoquer la qualité des jeux vidéo français et des professionnels du secteur (notamment des créateurs de jeu vidéo apparus à la fin des années 1980 comme Éric Chahi, Paul Cuisset et Frédéric Raynal, NDR). Le terme était aussi bien évidemment utilisé dans la mode. Mais jamais pour parler de musique ».

 

L’originalité du terme vient en effet avant tout qu’il induit un regard extérieur sur la création de notre pays.

 

L’originalité du terme vient en effet avant tout qu’il induit un regard extérieur sur la création de notre pays. Selon Pedro Winter, ancien manager des Daft Punk, interviewé en 2005 dans Le Monde, l’expression aurait ainsi été utilisée « par le magazine anglais Muzik lorsque celui-ci a choisi, en 1997, de faire sa couverture sur la scène électronique française ». Mais il semble plutôt que le terme ait été pour la première fois utilisé par le journaliste Martin James dans une chronique dédiée au « Super Discount EP » d’Etienne de Crécy, paru dans le Melody Maker en 1996.

Interrogé à ce sujet, Martin James, auteur en 2003 du livre French Connections - From Discotheque To Discovery (Sanctuary Publishing) déclare avoir « probablement utilisé ce terme auparavant dans le magazine Generator, dans un texte consacré aux productions de The Mighty Bop (formation de Christophe Le Friant, futur Bob Sinclar, NDR), et sans doute à la même époque dans le mensuel Muzik ».

 

French Connections

French Connections, Martin James - 2003

 

« Mais », ajoute-t-il, « que je sois véritablement le premier à avoir utilisé un tel terme, reste encore à prouver. De manière plus générale, je pense que le concept de French Touch était à l’époque dans l’air, et que c’est le rôle du journaliste que de capter l’air du temps et de le mettre en mots.

J’ai sûrement été le premier journaliste anglais à couvrir ce mouvement, mais c’est le journaliste Frank Tope qui, dans Mixmag, a été le premier à signer un véritable reportage consacré à cette scène. La manière dont le terme s’est par la suite répandu dans la presse anglaise est plus incertaine. Il a mis beaucoup de temps à être adopté par les journalistes qui lui préféraient alors des expressions plus simples comme French Disco, Paris Beat, French Hype ou même Baguette Beat comme on a pu le lire dans le Melody Maker !

Pour beaucoup, il n’existait en effet aucune règle précise quant à ce genre musical qui, selon moi, n’en était d’ailleurs pas un. Je définirais plutôt la French Touch comme un phénomène post-genre, défini par ses références culturelles et son origine urbaine ou nationale, plutôt que par une forme musicale, une imagerie ou un comportement de type tribal comme on en retrouve dans d’autres scènes musicales plus spécifiques. Enfin, il me semble que le terme de French Touch ait avant tout été adopté par la presse française, suivi par la presse britannique ».

C’est en effet plutôt le terme de French Hype qui s’est d’abord imposé au cours des années 1995 à 1997 dans la presse anglaise et c’est la presse française, toujours cocardière, qui semble s’être entichée, voire gargarisée de cette expression afin de vanter les mérites de ses compatriotes, dans un pays qui comme le nôtre, s’est toujours montré soucieux de son rayonnement international et s’est souvent plaint du déclin de son influence culturelle. Le succès de l’appellation a d’ailleurs été tel qu’en 2005, le Ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, est allé jusqu’à décorer les artistes Dimitri From Paris, Philippe Zdar ainsi que les deux membres du groupe Air de l’Ordre National des Arts et des Lettres. Les Daft Punk, eux, avaient à l’époque refusé cette décoration, à l’heure où, disaient-ils, la répression frappait encore les soirées techno.

Les Daft Punk ont-ils toujours été des robots ?

Les Daft Punk ont-ils un visage ? Qui a-t-il sous leurs casques ? Sont-ils humains après tout, comme le clamait le titre de leur troisième album en 2005 ?

Etrangement, au fur et mesure que leur succès devient massif et planétaire, le duo robotique semble se désincarner. Devenant plus irréel à chaque apparition comme lors de la soirée des Grammy 2014 où leurs casques et costumes blancs immaculés avaient quelque chose d’étrangement fantomatique. Il n’en a pas toujours été ainsi. Les Daft Punk ont aussi été un groupe comme les autres, seulement c’était il y a très très longtemps.

Flash-Back. Printemps 1993, un tout jeune trio parisien baptisé Darlin, en hommage au Beach Boy californien, publie son premier 45 tours (format maxis) sur le label Duophonic lancé par le groupe franco-anglais Stereolab.

 

Darlin

Darlin - 1993

 

Sur ce disque, devenu un précieux collector, il partage la vedette avec le groupe Huggy Bear (disparu depuis) et propose sur la face B deux popsongs fragiles et un peu idiotes, Cindy So Loud et Darlin’, gravées sur vinyle blanc. Ils se sont rencontrés en classe de quatrième au lycée Carnot dans le 17ieme arrondissement : Thomas Bangalter, Guy-Manuel de Homem Christo et Laurent Brancowitz. Les deux premiers vont devenir les Daft Punk, le troisième, guitariste de Phoenix. Ce qui explique les fréquentes collaborations entre les deux méga-groupes. Mais on n’en est pas encore là.

Cet unique disque de Darlin’ ne se fait pas beaucoup remarqué à l’époque. Tout juste quelques chroniques par ci par là, dont une dans le défunt hebdomadaire rock britannique Melodie Maker. Le journaliste présente Cindy So Loud comme une chanson « daft punky trash ». Au même moment, à Paris, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem Christo découvrent les raves. C’en est fini de Darlin’, les Daft Punk viennent de naître. Et ils montrent encore leurs visages.

L'histoire secrète de la French Touch

D’avril 1994, date de la sortie du premier maxi des Daft Punk, The New Wave, sur le label techno anglais Soma, à l’automne 1996 et leur passage aux Transmusicales de Rennes, on trouve d’innombrables articles dans la presse française ou anglaise illustrés par des clichés tout à fait officiels des deux musiciens. Les plus beaux sont signés du photographe parisien Philippe Levy. Tous les témoins de cette époque préhistorique, photographes, clubbers, amis ou journalistes se souviennent d’un duo particulièrement abordable et sympathique.

 

Et soudain Thomas et Guy-Man décident d’essayer de devenir populaire sans avoir de visage

 

Tout change à la vielle de la sortie de leur premier album Homework. Entre temps, leur deuxième maxi, Da Funk, publié en 1995 toujours chez les anglais de Soma avant d’être republié par Virgin, a été un carton mondial.

Homework

Homework - 1995

 

Toutes les maisons de disque les courtisent. Et soudain Thomas et Guy-Man, comme on les surnomme déjà, décident d’essayer de devenir « populaire sans avoir de visage » (comme ils l’expliquent au quotidien Libération). Est-ce pour se protéger ou pour rester fidèle à l’éthique anti star-system de la techno des origines ?

En tout cas dorénavant ils refusent les photos. Problème, il faut bien illustrer les innombrables articles que leur consacre la presse. Alors durant toute la promotion du premier album, les Daft Punk vont faire le choix étrange d’autoriser les photos a conditions qu’on ne puisse pas les reconnaitre et que leurs visages soient cachés, déformés, maquillés ou même floutés. Il va sans dire que le résultat n’est pas toujours heureux, loin de là.

 

Les membres de Daft Punk masqués

 

Mais les robots alors ? En réalité, ils n’apparaissent qu’en 2001 au moment de la sortie de leur deuxième album, Discovery. Cette fois, fini les approximations de la communication. Les Daft Punk, qui ont toujours envisagé le marketing comme partie intégrante de leur travail, reviennent casqués comme les héros d’un blockbuster hollywoodien. Les meilleurs stylistes et photographes se relaient pour créer avec eux cette image de super héros robots à la cool qui n’est pas pour rien dans leur succès actuel. L’histoire est en marche, elle ne s’arrêtera plus, mais elle a perdu un peu de chair et d’âme au passage.

Comment une soirée gratuite du mercredi et une radio gay sont devenus l’épicentre de la scène française ?

La culture électro réunit aujourd’hui une multitude de tribus. Toutefois, il n’en a pas toujours été autant.

En France, c’est au sein de la communauté gay (masculine) de la fin des 80’s et du début des 90’s, que la house et la techno gagnent leurs premiers adeptes, à travers la programmation de clubs comme Le Boy et La Luna, sans oublier certains clubs « mixtes » comme Le Rex, le Palace ou le Studio A.

Mais si la house (dès 1986) puis la techno (à partir de 1990), pénètrent aussi rapidement la communauté gay, ce n’est pas, comme on l’a souvent dit, dû à une certaine tradition d’avant-garde dont elle aurait été le garant, mais plutôt à l’héritage de la disco, un genre musical qui a accompagné dès 1970 son émergence culturelle et politique.

 

Une grande partie des pionniers de la house américaine doivent en effet beaucoup à la disco

 

Une grande partie des pionniers de la house américaine, que l’on évoque des DJ comme Frankie Knuckles, Tony Humphries, Danny Tenaglia ou François Kevorkian, doit en effet beaucoup à la disco, sur laquelle ils ont parfois dansé, mais surtout qu’ils ont beaucoup joué au cours de leurs premières années de DJ. C’est ainsi que la house qui, à son origine, n’était d’ailleurs souvent perçue que comme un sous-genre, en version plus minimale, de la disco, devînt dès la fin des années 1980, une musique éminemment gay-friendly.

En 1990, la house s’est donc implantée dans les quelques clubs gays parisiens qui accueillent les mixes des DJ pionniers comme Laurent Garnier, DJ Deep, Yann (de USA Import) ou Brainwasher, résident au Boy.

 

Super Soirée

Super Soirée

 

Respect is burning

Respect is burning

 

1990, c’est aussi l’année au cours de laquelle Henri Maurel, personnage haut en couleurs de la communauté gay, reprend la direction de Radio FG. Cette station historique de la bande FM (autrefois nommée Fréquence Gaie), qui connût son heure de gloire au début des 80’s, avait alors perdu la majeure partie de son auditoire, et son principal financier.

Grâce au flair de Patrick Rognant, son nouveau responsable musical, et grâce à une jeune équipe de DJs et de journalistes, à qui Henri Maurel décide de faire confiance, la station devient rapidement la station officielle d’une scène underground qui communie, dans les clubs comme dans les raves, au son de la house, de la techno, de la trance ou du hardcore (son slogan est alors « la radio des scotchés »). On entend sur son antenne, dans des émissions comme Rave Up ou Happy Hour, toutes les premières stars du genre, aux platines comme en interview : Jeff Mills, Richie Hawtin, Carl Cox, Derrick May, Sven Väth, DJ Hell, Dave Clarke, Coldcut ou Underground Resistance. Sans oublier la première génération des DJs français (Sonic, Pacman, Didier Sinclair, Le Castor, L’Aquarium…) de la première moitié des années 1990, ainsi que celle qui lui succèdera à partir de 1996, celle de la French Touch.

Si la French Touch est assez éloignée du son tapageur des premières raves, cette mouvance puise néanmoins son énergie dans cette période d’euphorie clandestine. La plupart des figures de la French Touch, que l’on évoque les Daft Punk, Philippe Zdar, Étienne de Crécy ou Saint Germain, ont tous été de jeunes ravers, et sont tous passés par les studios et les platines de Radio FG.

C’est d’ailleurs l’un des jeunes journalistes de la station, Jérôme Viger-Kohler, qui va être à l’initiative de Respect, La soirée de référence de cette génération. À l’invitation du club gay Le Queen, qui souhaite coller au plus près des tendances du moment et surtout trouver une nouvelle clientèle pour ses mercredis, Viger-Kohler lance en 1996 avec David Blot (animateur sur Radio Nova) et Frédéric Agostini (organisateur de raves) la soirée Respect, dont le titre s’inspire d’un tube vocal-house d’Adeva.

Leur crédo ? Une soirée gratuite, inspirée par l’esprit d’ouverture des raves, réunissant gays et hétéros, noirs, beurs et blanc et où la sélection à l’entrée se fait plus cool (chose rare dans les clubs parisiens). Mais surtout, nos trois compères ont l’idée simple d’inviter une nouvelle génération de DJs français qui trouvent encore peu leur place dans les raves et les clubs de l’époque et sont souvent relégués au rang de faire-valoir de vedettes internationales. En quelques semaines, la soirée, boostée par une première dans laquelle les Daft Punk ont fait salle comble, devient le rendez-vous de cette génération qui ne demandait qu’à éclore. Et à communier. On y croise aux platines tous ceux qui feront les plus grandes heures de cette house nourrie à la disco, au funk et au groove : Erik Rug, Gilb’R, Gregory, Deep, Cheers, Cassius, Etienne de Crécy, Dimitri From Paris ou DJ Cam.

 

Fred Agostini

Fred Agostini

Y a-t-il une différence entre la French Touch et le disco filtré ?

La French Touch possède une double origine et une double identité. Ses figures les plus réputées, comme Daft Punk, Ludovic Navarre, Étienne de Crécy, I :Cube ou Philippe Zdar doivent beaucoup à la scène rave du début des années 90.

Mais une grande partie d’entre eux a d’abord fréquenté la scène hip hop, funk ou jazz, à l’image de DJ Cam, Hubert Boombass, Chris The French Kiss (Bob Sinclar), Dimitri From Paris ou Gilb’R. Dès 1994, selon leur inspiration et leurs racines, certains vont ainsi s’orienter vers des atmosphères languides et chaleureuses, typiques du trip-hop. À partir de 1996, d’autres préfèreront composer des tracks dancefloor, gorgés de funk et d’esprit disco. Quoi qu’il en soit, la majeure partie de ces musiciens et DJ sont avant tout de grands érudits, qui puisent leur inspiration et leur samples dans le passé des musiques noires américaines, la disco européenne ou les atmosphères stylisées de la musique de film des 60’s et 70’s.

Ces artistes jouent avec les références esthétiques et recyclent l’histoire de la musique des décennies précédentes

L’invention et l’alliage d’accords de jazz et de tempos house sur le Boulevard (95) de St Germain ; la fausse B.O de film de l’album collectif La Yellow 357 (95) ; le hip hop jazzy des albums Underground Vibes (95) de DJ Cam et La Vague sensorielle (95) de The Mighty Bop ; les résonances chaleureuses et funk du Pansoul (96) de Motorbass ou des maxis de Daphreephunkateerz (Erik Rug, 96) ; la malice et les références easy-listening du Sacrebleu (1996) de Dimitri From Paris ou enfin l’humour et l’invention du projet collectif Super Discount (97), dirigé par De Crécy, témoignent ainsi de la manière dont ces artistes jouent avec les références esthétiques et recyclent l’histoire de la musique des décennies précédentes.

C’est d’ailleurs ce bon goût et cette élégance mêlés d’invention formelle, loin de la techno des raves, qui séduit la presse anglo-saxonne pour qui cette école fait écho à la manière dont est perçue notre culture française outre-Manche. Cette première vague sera suivie à partir de 1997 d’une seconde, plus cinéphile encore, dans laquelle se distinguent Snooze, The Money Penny Project ou les Troublemakers.

Mais la fin des 90’s et les multiples succès de la French Touch sont avant tout marqués par toute une série de singles ou d’albums plus dancefloor qui revisitent l’héritage de la disco et du funk, dans le sillage des tubes des Daft Punk comme « Burnin’ » ou du célèbre « Music Sounds Better With You » (98) de Stardust. On parle alors de « house filtrée » pour évoquer, parfois de manière péjorative (et à raison), la manière donc ces jeunes producteurs, influencés par des musiciens américains comme Carl Craig ou DJ Sneak, recyclent des samples puisés dans le vaste héritage des musiques afro-américaines.

Pour le meilleur, citons Picnic Attack (97) d’I :Cube, Synthèse (98) de Pepe Bradock et 1999 de Cassius, mais aussi Paradise (98) de Bob Sinclar, Midnight Funk (99) de Demon ou Hold Up (2000) de Superfunk. Enfin, parmi des centaines de maxis qui finiront par épuiser le filon de cette disco-funk revivifiée à l’ère du sampling-roi, citons les précurseurs « Filtri Organi » (95) d’Alëem, « Venus (Sunshine People) » (96) de Cheek, et les classiques « Atom Funk » (97) de Trankilou et « Intro » (2000) d’Alan Braxe et Fred Falke.

 

La yellow 357
Underground Vibes
La vague sensorielle
Motorbass
Sacrebleu
Super discount

 

 

 

 

Picnic attack
Synthèse
1999
Paradise
Midnight Funk
Hold up

 

Comment la French Touch a bouleversé l’industrie du disque en France ?

Il y a eu un avant et un après French Touch. Un peu comme si cette mouvance musicale aux contours vagues, qui s’étend de la house percutante de Daft Punk aux ambiances éthérées du duo Air, avait transformé le regard que les français portaient sur le monde, et l’image que suscitaient, à l’étranger, les musiciens français.

Alors bien sûr, il y a eu d’autres succès frenchies avant cet âge d’or des 90’s. Edith Piaf, Yves Montand ou Charles Aznavour ont su par exemple exporter à travers leurs chansons, un peu de ce « je ne sais quoi » que l’on nous envie de New York à Tokyo. Mais les véritables précurseurs de la French Touch, ce sont sans doute cette poignée de compositeurs et de producteurs qui, au tournant des années 70 et 80, ont connu le succès international grâce à un savant mélange de musique électronique, d’arpèges de synthés et de pulsations disco, à l’image de Jean-Michel Jarre, Cerrone, Patrick Hernandez, le Gainsbourg de « Sea, Sex & Sun », sans oublier les nombreux tubes produits par Jacques Morali (Village People, Ritchie Family, Patrick Juvet) ou Daniel Vangarde (père de Thomas Bangalter des Daft Punk). Mais malgré ces exceptions, il faut bien avouer que, jusque-là, l’essentiel des musiciens et des labels français s’était toujours destiné au seul marché national, ou francophone.

À partir de 1994, avec le premier maxi des Daft Punk, publié chez Soma en Écosse, et certaines productions du label F Communications signées Laurent Garnier ou Saint Germain, les artistes français commencent à s’exporter, trouvant grâce au marché mondialisé du maxi et du DJing, un public plus nombreux que celui, encore bien étriqué, du marché hexagonal. Le mouvement s’accélère à partir de 1996 avec bien sûr la sortie de Homework, le premier album des Daft Punk, le carton du projet Superdiscount d’Étienne de Crécy, le Sacrebleu de Dimitri From Paris, sans oublier les premiers tubes de Bob Sinclar ainsi que toute la vague de house funky et filtrée qui connaîtra son apogée et son chant du cygne avec le One More Time des Daft Punk en 2000. D’ailleurs, c’est bien simple, au cours de cette seconde moitié des années 1990, jamais la musique française ne s’était aussi bien exportée.

Côté label, F Communications est rejoint par une multitude de labels indépendants comme Versatile, Yellow Productions, Pro-Zak Trax, Solid ou Artefact, et, plus spécialisés dans le format du maxi, Basenotic, Kif, Basic, 20 000 st, Straight Up, Brif, What’s Up, Poumtchak, Pamplemousse, Roulé ou Crydamoure, dont la plupart ne survivront hélas pas au déclin du mouvement et à la crise du disque qui pointe au début des années 2000.

logo F communications
logo Solid
logo Pro-Zak
logo Versatile

 

Eric Morand, fondateur du label F Communications se souvient ainsi qu’à ses débuts, en 1993, il tentait sans succès de placer ses productions à des grossistes anglais ou allemand : « les étrangers nous accueillaient en nous demandant : « pourquoi vous essayez de faire de la musique ? Laissez tomber, ce n’est pas votre truc !  Les préjugés étaient très lourds. Plus tard, tout est devenu plus simple. Plus un seul grossiste ne refusait alors un disque français. Ils étaient enfin attentifs à ce qui se passait chez nous ».

 

Tout est devenu plus simple. Plus un seul grossiste ne refusait alors un disque français

 

C’est d’ailleurs à partir de 1993 que les labels français, avec l’aide de la Sacem, du Ministère de la Culture et celui des Affaires Etrangères, créent le Bureau Export, destiné à accompagner et à promouvoir les artistes français à l’étranger. Eric Morand, dirigera même cette structure entre 2000 et 2006. « La création du bureau export est contemporaine de l’explosion de la French Touch. Au milieu des années 90, toutes les maisons de disques françaises ont réalisé qu’elles pouvaient vendre beaucoup plus en travaillant l’export. Le succès de la French Touch a été un accélérateur de cette prise de conscience. Et quand le bureau a enfin pu naître, grâce aux efforts de Jean-François Michel, son premier directeur, il a largement surfé sur le succès à l’étranger de la scène électro, qui confirmait de manière étincelante qu’il existait bien un marché à l’étranger pour la musique française ».

Dans le même temps, les majors du disque, qui n’avaient pas vu le phénomène venir, s’organisent pour tenter de croquer elles aussi une part du gâteau de la French Touch, et signent une poignée d’artistes issus de labels indés. Mais, malgré les tubes des Supermen Lovers (chez BMG), Modjo (Universal) ou Demon (Sony), seul Virgin et ses labels satellites comme Source ou Labels réussiront à faire découvrir au grand public ces musiciens issus de l’underground, avant que la crise du disque des années 2000 ne pousse les majors à revenir vers une forme de pop plus traditionnelle.

Malgré ce relatif échec auprès du grand public (l’électro ne deviendra réellement mainstream qu’au début des années 2010), c’est donc au cours de la décennie 90 que les musiciens français réalisent enfin qu’ils peuvent désormais s’adresser au monde entier. Ce que ne manqueront pas de faire, quelques années plus tard, la vague frenchie plus commerciale dominée par Sinclar, Guetta et Solveig, ainsi que les Justice, Kavinsky ou Gesaffelstein qui triomphent aujourd’hui.

Mais où est donc passé St Germain ?

Si l’on se base uniquement sur les chiffres de ventes, Ludovic Navarre alias St Germain, c’est incontestablement LA success story de la French Touch

Son premier album Boulevard paru en 1995 s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires, son second Tourist qui sort cinq ans plus tard atteint lui le score inouï de plus de deux millions d’exemplaires écoulés. Encore aujourd’hui, si vous prenez un verre dans un café à Paris, Rio ou New York, il y a de fortes chances que vous entendiez la house jazzifiante de St Germain. Des signes extérieurs de richesse qui cache une personnalité secrète.

 

Boulevard

Boulevard - 1995

 

Né en 1970, à St Germain en Laye (on a compris d’où venait le pseudo), Ludovic Navarre est d’abord un passionné de sports de glisse qu’il aimerait pratiquer à un niveau professionnel.

Un événement va tout remettre en question. À 14 ans, il est victime d’un grave accident de mobylette qui le cloue au lit pendant quasiment deux ans. Pour s’occuper, il se passionne pour l’informatique, et par enchaînement pour la house et la techno balbutiantes, créées à l’aide de machines. Pourtant l’homme a bâti sa culture musicale sur des styles plus organiques comme le reggae, le blues, le jazz, la soul.

On l’a compris, c’est un fou de toutes les musiques blacks qu’il samplera largement par la suite. Ses premiers pas discographiques sous le nom de St Germain, il les fait en 1993 avec le “French Trax EP” sur le label Fnac Music Dance Division présidé par Eric Morand. St Germain suit les deux hommes dans ce qui fera leur bonheur dans un premier temps. Peut-être dépassé par le succès, mais aussi certainement frustré de composer uniquement avec des machines, Navarre connaît alors une grande période de doute après la sortie de son premier album.

 

St Germain et ses machines

 

Lorsqu’il revient cinq ans plus tard, il a changé d’écurie (il a trouvé refuge sur le prestigieux label de jazz Blue Note qui lui ouvre son catalogue pour qu’il puisse dénicher des samples à sa guise) et surtout il se met à travailler sur disque comme sur scène avec des musiciens. Une orientation jazzy qui connaît une réussite encore plus foudroyante. Les années 2000 démarrent sur les chapeaux de roues pour St Germain qui devient alors le symbole de cette musique française qui s’exporte dans le monde entier. Il reçoit trois Victoires de la Musique en 2001 et il conclut en juillet 2002 à Hyde Park à Londres une tournée mondiale triomphale de plus de 200 dates.

 

Mal à l’aise dans un costume devenu trop grand, Ludovic Navarre, qui n’appartient à aucune bande connue, préfère descendre de la scène

 

Que se passe-t-il alors ? Mal à l’aise dans un costume devenu trop grand, Ludovic Navarre, qui n’appartient à aucune bande connue, préfère descendre de la scène. On l’apercevra bien lors de très rares DJ’s sets, où il ne joue exclusivement que du dub, mais la plupart du temps Ludo se retire dans sa maison/studio de Chatou d’où il n’a plus donné de nouvelles depuis plus de dix ans. Oui mais…Au début de l’année, par hasard, on a découvert à nouveau son nom sur la pochette d’un disque. En remixant brillamment de sa touche inimitable le soul man Gregory Porter sur le titre “Musical Genocide”, St Germain a excité notre rêve le plus fou, celui de le voir surgir à nouveau en pleine lumière. Et si c’était vrai ?

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