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Daftworld

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French Touch et ivresse de la nuit: sur le tournage d’”Eden” de Mia Hansen-Løve

Publié par daftworld sur 29 Août 2014, 16:44pm

Arnaud Azoulay (gauche) et Vincent Lacoste (droite) seront à l'affiche d'"Eden" de Mia Hansen-Løve

 

Nous sommes allés sur le tournage du prochain film de Mia Hansen-Løve, “Eden”, qui sera présenté au festival du film de Toronto en septembre. La cinéaste a tourné un portrait de son frère, DJ electro et héros de la French Touch, courant musical qui a enflammé les 90’s.

Début septembre, par une fin d’été caniculaire, on s’engage dans une petite rue déserte de Brooklyn, à quelques pas du quartier industriel Red Hook qui longe l’Hudson River. Il y a là une ancienne caserne de pompiers réhabilitée en bureaux, quelques garages aux stores baissés et un bâtiment d’où s’échappent des vibrations musicales. C’est le SRB Brooklyn, un club secret comme la ville en compte des centaines. Il est 13 heures lorsqu’une nuée de kids débarquent sur la piste où résonnent les premières notes du tube Happy Song de Charles Dockins. La voix de la chanteuse recouvre bientôt les lignes de basse tandis que dans l’obscurité les corps s’animent : des jeunes font du breakdance, d’autres fument, boivent ou draguent.

Au milieu de la foule, on distingue une silhouette filant entre les danseurs, le dos courbé, les yeux rivés sur un moniteur : c’est Mia Hansen-Løve. La réalisatrice française est à New York pour tourner quelques scènes de son nouveau film, Eden, une histoire d’amour, de jeunesse et de musique inscrite dans le mouvement French Touch des années 90-2000. Elle semble préoccupée en ce début d’après-midi. Quelque chose dans la scène ne marche pas. Il faut refaire la prise. Une première fois, puis une deuxième, une troisième. Et ainsi de suite jusqu’à ce que la nuit tombe sur l’avenue. “Ça va être un tournage très long et crevant”, se marre un technicien de l’équipe américaine lorsque les lumières se rallument. Mia Hansen-Løve, elle, est déjà en train de réaliser de nouveaux plans avec ses acteurs à la sortie du club. Elle gardera ce rythme effréné encore quelques jours pour achever la première partie du tournage d’Eden, “son film le plus ambitieux”, dixit ses collaborateurs présents sur le plateau.

Mia atteint là une autre dimension, confirme son producteur, Charles Gillibert. C’est encore un projet intime, très personnel, mais pour la première fois elle va aborder une époque historique précise, avec tous les défis de reconstitution que ça implique.

La gloire, la coke et la descente inévitable

 

Le pari est d’autant plus risqué qu’aucun cinéaste n’avait entrepris de raconter ce moment de l’histoire de la musique française où émergea une nouvelle vague de DJ et compositeurs qui formèrent ce qu’on appela alors la French Touch. Une génération qui comptait dans ses rangs un certain Sven Hansen-Løve, le frère de la réalisatrice, de sept ans son aîné. Il était au lycée lorsqu’il découvrit la house de Chicago et sa déclinaison garage, un mélange de chants gospel et de rythmes électroniques qu’il décida de diffuser en France. Devenu DJ, puis organisateur avec son pote Greg Gauthier des soirées Cheers qui trustaient la nuit parisienne à la fin des années 90, il fraya avec tous les héros de la French Touch, connut la gloire, la coke, l’ivresse de la nuit, puis la descente, inévitable à mesure que le garage passait de mode. Il lança son label au moment où l’industrie du disque s’effondrait, il vit certains de ses amis mourir de trop d’excès et traversa une violente détresse amoureuse. Eden est son histoire…

Il y a trois ans, Mia m’a parlé de son intention de raconter cette époque, éclaire Sven Hansen-Løve. Je commençais à me détourner de la musique, mon label avait fait faillite, je n’avais plus la foi. Ecrire le film avec elle a été un moyen de tourner enfin la page, de me consacrer à ce que je voulais vraiment : la littérature.

Un désir de rupture partagé par sa sœur, qui avait le sentiment d’avoir clos un cycle avec ses trois premiers films, Tout est pardonné, Le Père de mes enfants et Un amour de jeunesse.

 

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Je voulais rompre avec un certain type d’émotion, avec la question du deuil qui était au cœur de mes précédents films, dit la cinéaste. Même si l’idée de perte revient dans Eden, le récit est porté par une énergie et une euphorie nouvelles. Je sentais qu’il fallait que j’aborde cet autre aspect de ma jeunesse, plus lumineux, lié aux soirées de Sven que je fréquentais souvent. Il y a aussi quelque chose dans cette génération qui me fascine, une candeur, une manière de vivre pleinement la fête, de ne rien anticiper. Une innocence qui me semble un peu perdue aujourd’hui. C’était une forme d’utopie, même si elle annonçait déjà la mélancolie à venir, puisque ce rapport à la vie ne pouvait pas tenir très longtemps.

“Capter les émotions d’une époque”

 

Le frère et la sœur se sont donc réunis, dès 2011, pour écrire le scénario, mêlant leurs souvenirs à la fiction. Ils ont inventé un personnage, Paul, l’alter ego de Sven, dont on suivra les aventures du milieu des 90’s à aujourd’hui, de Paris à New York, dans une fresque romanesque traversée par les grands noms de cette génération : les gars des soirées Respect, du Queen, les Daft Punk naissants ou encore David Blot et Mathias Cousin, auteurs de la BD Le Chant de la machine. Ils en ont fait un film de bande, avec ses amitiés, ses rivalités et ses échecs sentimentaux.

Je ne me suis fixé aucune limite dans l’écriture, ni sur mes relations avec les femmes, ni sur la drogue ou nos excès, décrit Sven. L’idée n’était pas d’être dans l’héroïsation ou la nostalgie, mais de capter les émotions d’une époque.

Et cette époque avait sa bande-son, house et garage, que les auteurs ont dès le début tenu à intégrer au cœur du récit. “Les chansons doivent être le fil conducteur du film, avec des montées et des descentes, un rythme global. Plus j’y pense, plus j’ai l’impression de faire une comédie musicale”, dit Mia Hansen-Løve, qui a pu compter sur les connexions de Sven pour obtenir les droits musicaux : ceux des Daft Punk, qui ont cédé trois morceaux “pour une somme symbolique”, de Sueño Latino ou encore de Terry Hunter, un DJ culte de Chicago à qui la cinéaste a proposé de jouer son propre rôle.

Comment pouvais-je refuser ça ?, nous dit l’intéressé. J’ai eu mille propositions pour faire des films sur le sujet, mais Sven était vraiment le gars de la situation : il a une telle passion pour la musique, et puis il a vécu de l’intérieur cette époque de dingue, où les DJ étaient adulés comme des rock-stars.

De l’écriture à la préparation, tout est finalement allé très vite pour la cinéaste. Jusqu’à ce que les problèmes commencent, ses “deux ans de galère” comme elle dit. Deux années pendant lesquelles elle allait se heurter à la rigidité des institutions du cinéma français. Trop long, trop coûteux, trop générationnel, le projet Eden effrayait tout le monde. Et Mia, qui n’avait pas reçu l’avance sur recettes du CNC, passa chez plusieurs producteurs avant de trouver le bon interlocuteur : Charles Gillibert. “Ça a été un moment compliqué, où il fallait sans cesse faire des sacrifices, dit-elle. J’ai dû couper le film, qui faisait à l’origine quatre heures, renoncer à tourner en pellicule, abandonner des lieux de tournage pour coller à un budget de 4 millions d’euros. Mais à partir du moment où l’on a eu le feu vert, j’étais dans un état d’euphorie : j’avais vu tellement de fois le film mourir que j’avais encore plus d’énergie.”

 

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C’est d’ailleurs la première chose qui nous vient à l’esprit sur le tournage : Mia Hansen-Løve affiche une détermination et une fermeté qui ne correspondent pas à l’idée que l’on pouvait se faire d’elle. La veille des scènes du club de Brooklyn, elle entraînait son équipe dans un aéroport du New Jersey pour réaliser un plan-séquence, avant de filer au MoMA afin de capter quelques images d’une fête en plein air. Dans des décors réels, confrontée à une série d’accidents (figurants en roue libre, alarme incendie…), elle reste concentrée, sûre de sa vision.

Elle est vraiment dans la maîtrise, elle contrôle chaque détail, les mouvements de caméra, les décors, les fringues… Tu sens qu’elle a un lien intime au film, note Félix de Givry, jeune étudiant et acteur débutant que la réalisatrice a choisi pour incarner Paul. On s’est rencontrés il y a plus deux ans et depuis on a un lien très fusionnel. Mia voulait que je m’implique, que je saisisse le personnage inspiré par son frère, les motivations de son époque.

“Un vertige entre le réel, l’histoire de Sven et la fiction”

 

A ses côtés, la réalisatrice a réuni des jeunes acteurs encore peu identifiés : Pauline Etienne (vue dans La Religieuse), Hugo Conzelmann (Après Mai) ou encore Zita Hanrot (Radiostars). Ils constituent la bande rapprochée du personnage principal, à laquelle s’ajoutera une constellation de seconds rôles hautement cool : Vincent Lacoste (en Thomas Bangalter), Vincent Macaigne et les girlfriends Laura Smet, Golshifteh Farahani et Greta Gerwig. “On incarne trois femmes qui sont toutes passées à différentes époques dans la vie de Paul et ont joué un rôle dans son parcours sentimental, note Laura Smet, qui se dit sensible à la dimension autobiographique du scénario. J’étais très émue par l’histoire de ce type que le succès a fait vriller et par l’idée que sa sœur lui rende hommage des années plus tard. Hier, on tournait dans l’ancien studio de Sven, il a fallu ressortir ses vieux vinyles, reconstituer le décor. L’ambiance était troublante, on sentait un vertige entre le réel, l’histoire de Sven et la fiction.”

 

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Retrouver les lieux d’origine, chercher des indices d’époque, c’était une des volontés de Mia Hansen-Løve, qui défend son goût du réalisme. “Dans tous mes films, je tiens à cette forme de vérité, à l’attention aux détails, à la quotidienneté. C’est là que se situe la poésie selon moi.” De retour à Paris fin novembre pour la deuxième partie du tournage, la cinéaste a poursuivi son pèlerinage dans les anciens spots de la French Touch : la Coupole, le Cirque d’Hiver, puis dans les locaux de Radio FG où on la rejoint pour une des scènes clés du film. Paul doit passer des disques à l’antenne. Il est à cet instant au sommet de sa gloire. L’acteur Félix de Givry s’exécute devant la caméra. Sven est là, en retrait. On se souvient alors de ces mots qu’il nous confiait : “Je me rappelle de l’insouciance de ces années, où l’on n’avait pas d’angoisse, pas de contrainte, où le temps passait à une vitesse folle. Et je me demande aujourd’hui comment j’ai pu me poser aussi peu de questions…”

 

Eden, sortie le 19 novembre 2014

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