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Daftworld

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Bienvenue sur le blog du plus grand fan Officiel de DAFT PUNK !!!


Julian Casablancas, l'interview : "Je reste en colère"

Publié par daftworld sur 11 Septembre 2014, 15:49pm

 

 

En marge des Strokes, Julian Casablancas a trouvé un gang de durs, de tatoués pour jouer ensemble un rock physique. Punk, new-wave, hardcore : l’Américain revisite d’une voix parfaite les musiques agitées de son adolescence. Mais avec une conscience politique d’adulte.

Ton nouveau groupe, The Voidz, c’est un moyen d’échapper à la pression des Strokes, de retrouver la légèreté, la candeur ?

Non, le défi est plus fort avec The Voidz, ça me force à creuser plus profond en moi, à prendre à bras le corps des choses que j’avais eu tendance à fuir. Ces dernières années, avec les Strokes, ce qui comptait le plus pour moi était que nous nous entendions bien, je me suis donc ouvert aux autres. Je voulais que pour chaque chanson, nous soyons heureux, positifs. Au début, je me souciais sans doute moins des envies et réactions des uns et des autres. Il a fallu des années pour qu’il n’y ait plus de guerre au sein des Strokes. Et là, aujourd’hui, nous sommes en paix, nous avançons dans la même direction. Ça serait sans doute plus facile aujourd’hui de présenter mes idées bizarres aux Strokes… Alors que pendant longtemps, si j’arrivais en disant : “on va faire une intro de plus de deux minutes”, ils me regardaient comme un martien (rires)…

Te sens-tu plus à l’aise avec The Voidz ?

Même si je suis à la barre, il ne faut pas croire que The Voidz représente mon ego en roue libre. Il faut utiliser la même force de conviction qu’avec les Strokes pour faire bouger les autres. Il m’a fallu du temps pour trouver des gens avec qui je suis exactement sur la même longueur d’ondes, humainement, musicalement. Nous nous sentons forts, comme un gang avec The Voidz… La première fois où nous nous sommes baladés ensemble dans New York à 3 h du matin, je nous ai regardés et j’ai pensé : “putain, j’aimerais pas croiser ces mecs-là en pleine nuit dans une ruelle” (rires)… On prend soin les uns des autres, nous sommes frères.

Un des aspects étranges de ton album Tyranny, c’est cette juxtaposition entre un son très explosif, très coléreux et ce chant de plus en plus mélancolique, désabusé…

 

Ce sont sans doute les thèmes qui ont ordonné ce ton. Je veux offrir un peu d’espoir à la fin, mais en route, on va forcément passer par des passages accablants. C’est le prix à payer pour le réalisme. Je reste en colère, il y a toujours eu ce sentiment de désespoir et de fureur en moi. La différence, c’est que j’ai aujourd’hui le sentiment de jouer contre la montre. Je sais que nous vivons totalement dans une bulle, au château de Versailles (rires)… Il nous faut voir les choses de nos propres yeux pour y croire : à moins d’être violemment victime du système, on s’en accommode, on fait l’autruche. Alors que nous sommes revenus à des systèmes aussi féodaux, tyranniques qu’au Moyen Age… Nous vivons vraiment dans une illusion de démocratie : plus nous serons nombreux à le reconnaître à l’intérieur de notre bulle et mieux ce sera.

Te sens-tu plus exaspéré avec l’âge ?

Je ne me sens ni politique, ni surtout radical. Mais beaucoup trop d’artistes sont insensibles à la moralité : c’est mon cheval de bataille. Les années Bush ont sans doute ouvert mes yeux… Le but de la musique devrait être d’offrir une échappatoire à cette réalité, je le sais bien. Mais j’ai la chance d’avoir un micro, je ne peux pas traiter ce que je vais en faire à la légère. Le vrai défi, c’est de rester universel, de pouvoir être compris partout, par tous. C’est pourquoi j’ai si souvent utilisé des phrases à double sens, pour que personne ne se sente exclu. Mais sur Tyranny, il y avait sans doute un besoin d’être plus précis, car l’ennemi est beaucoup plus visible à l’œil nu, les problèmes apparaissent plus clairement. Ce n’était pas une volonté : c’est la situation qui, ces dernières années, m’a poussé à écrire ces chansons.

As-tu envisagé écrire hors de la musique, des articles par exemple ?

Je suis d’accord, je ne pense pas que la pop-music soit suffisante. C’est juste un véhicule pour transmettre mes petites réflexions au grand public. Même cette maigre contribution peut aider. Mais écrire des articles, non, trop de boulot pour moi (rires)… Il me faut de la musique pour écrire. Par exemple, mon poète préféré, le Perse Rumi, écrivait sur de la musique – et je ne me compare surtout pas, hein ?

La musique de Tyranny – punk, new-wave, hardcore – est-elle pour toi teintée de nostalgie ?

 

J’ai toujours adoré l’intensité de ces musiques hostiles, agressives. Mais j’aime aussi des choses très pop, et peu de groupes ont réussi, comme Nirvana, à unir les deux. Ma pratique de la musique va dans ce sens, je n’écoute pas forcément des albums mais une plage classique, un morceau hip-hop puis un autre complètement dingue de country alternative…

De l’extérieur, on a l’impression que ta participation à Random Access Memories de Daft Punk a bouleversé ta façon de chanter. L’expérience a été si forte ?

 

Je les adore, j’étais si fier d’être leur invité, j’ai même remporté une petite statue aux Grammys grâce à eux. Leur chanson Veridis Quo est sans doute une de mes préférées de tous les temps. On évoque souvent leurs fondations funky, que j’adore aussi, mais ce qui me touche le plus chez eux est ce côté baroque. Leur façon de mélanger le classique et les synthés est vraiment magique. Quand j’ai entendu la chanson qu’ils me proposaient, Instant Crush, j’ai immédiatement pensé à Veridis Quo, à sa simplicité. Et ma première réaction a été de leur dire : “gardez-là en instrumental, ne gâchez pas cette merveille avec ma voix !” Travailler avec eux condamne au surpassement. Ils voulaient peut-être que je chante à la Strokes, avec ce chant grave à la Lou Reed… Mais je leur ai dit que je voulais un casque, un vocoder, devenir un robot rouge vif. Et j’ai chanté dans les aigus, pour la première fois.

Où en sont les Strokes ?

 

Nous avons donné quelques concerts cette année, nous avons composé quelques chansons. L’ambiance est bonne, positive, et ça n’était plus le cas depuis longtemps. On va sans doute se retrouver en janvier pour bosser sur de nouvelles idées. Mais pas d’excitation : ça pourrait prendre deux ou trois ans.

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