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Mia Hansen-Løve : “Avec ‘Eden’, nous voulions montrer la fête autrement”

Publié par daftworld sur 8 Septembre 2014, 16:46pm

Festival de Toronto | De l'euphorie des années rave aux lendemains dégrisés, le parcours d'un DJ, inspiré de la vie de son frère. ‘Eden’, le nouveau film de Mia Hansen-Love était présenté au festival de Toronto. Rencontre.

 

 Eden

 

 

Mia Hansen-Løve était ces jours-ci à Toronto pour défendre Eden, son quatrième long métrage (après Tout est pardonné, Le Père de mes enfants et Un amour de jeunesse). Elle a accepté de revenir avec nous sur ce nouveau film à la fois intime et générationnel, qui retrace l’aventure d’un jeune DJ, de l’effervescence de la scène électro française des années 90 jusqu’à aujourd’hui. Ivresse, musique et gueule de bois, entre deux millénaires.

Eden vient d’être présenté au festival de Toronto en première mondiale. Comment vivez-vous ce moment ?
Je suis sincèrement heureuse d’être là. Je ne pensais pas que ce serait aussi agréable : j’étais déjà venue il y a quelques années, pour un de mes films, mais j’avais trouvé l’expérience difficile. Aucun de mes comédiens n’avait fait le voyage, j’étais seule, dans un hôtel gratte-ciel, à essayer de m’y retrouver dans un catalogue de quelque quatre-cents films… C’était assez déprimant de plonger dans cette espèce de fourmilière géante. Et comme ici toute l’attention se focalise en priorité sur les productions américaines, les autres ont beaucoup de mal à exister. Mais cette fois, c’est différent. C’était une première mondiale, et le film était très attendu : il a vraiment été vu, accueilli. Avec mon frère Sven et Felix de Givry [l’acteur principal du film, NDLR], nous étions dans la salle, on le voyait pour la première fois en présence des spectateurs. On avait besoin de sentir leur attention, leur chaleur, après des années de travail loin de tout public.

Eden évoque le parcours de votre frère, le DJ Sven Løve, qui a contribué à faire connaître en France les rythmes de la house garage. Il a coécrit le film avec vous. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
Je me suis chargée de la structure et des personnages. Sven ne savait pas vraiment où j’allais. Curieusement, il n’en éprouvait pas le besoin, je crois qu’il n’en n’avait même pas envie, il me faisait confiance. Lui, il écrivait des scènes dont je lui soumettais le cadre, les protagonistes, et on se retrouvait pour les retravailler ensemble… Notre processus d’écriture était constamment accompagné par la recherche de la musique, et le plaisir, l’émotion, que j’avais à réécouter des morceaux que je n’avais pas entendus depuis quinze ans. Un peu comme quand on retrouve une odeur, une sensation qui rapproche tout à coup un passé lointain. Même mon frère avait un peu pris ses distance avec cet univers. Quand il a arrêté d’être DJ, il s’est débarrassé de tous les vinyles qui envahissaient son studio... On a vraiment dû s’immerger à nouveau. Mais j’ai aussi pu aborder cette musique autrement que par le souvenir, parce que j’avais besoin, pour le film, de connaître tout ce que j’ignorais à l’époque : les noms des musiciens, leur place dans l’histoire de cette culture… J’ai beaucoup lu, beaucoup appris. Sven a aussi un peu joué pour moi le rôle d’un professeur…

Vous avez aussi « invité » des figures majeures de la scène électro de l’époque, notamment le duo des Daft Punk, interprété par Vincent Lacoste et Arnaud Azoulay, une présence discrète, et pourtant essentielle…
On a essayé, en écrivant le film, de ne pas être influencés par leur immense notoriété d’aujourd’hui. Ils étaient très importants pour nous, c’était nos dieux, mon frère les a admirés très tôt… Mais je voulais rester au plus près de la réalité, leur donner la place exacte qu’ils occupaient à l’époque, ni plus, ni moins, dans ce groupe de jeunes gens des années 90, qui aimaient la même musique, et qui ont ensuite tous suivi des chemins différents.

“J’ai pris un plaisir indicible
à capter cette énergie collective.”

La fête, sous toutes ses formes, des raves aux festivals ou aux boîtes de nuit, est au centre du film. Comment avez-vous abordé ces scènes ?
Je n’aurais pas pu faire ce film si je n’avais pas dansé comme je l’ai fait dans ces fêtes. Ce lien presque organique avec la musique m’a guidée. Nous voulions, mon frère et moi, prendre le risque de montrer la fête autrement. Même s’il y a de très belles scènes de club au cinéma – par exemple chez James Gray, on reste dans le fantasme. Il y a souvent quelque chose de cliquant, de narcissique, dans ce genre de représentations. On a cherché l’opposé : ne pas faire « cinéma », ne pas faire un film de night club, échapper au genre. Trouver au contraire la poésie, le charme, l’excitation, à travers une forme de vérité. Notre vérité à nous, en tout cas. Ce qui suppose beaucoup de travail sur le rythme des scènes, la musicalité, la lumière, les figurants, et la documentation. On a parcouru les photos et les textes de l’époque. La BD de Mathias Cousin et David Blot, Le chant de la machine, qui chronique ces années là était un peu notre bible, notre référence. Et pendant des semaines, avant le tournage, on a aussi étudié avec Félix de Givry la manière de mixer sur des platines, de toucher les vinyles.

 

Paul ( Félix de Givry), Eden
 
Paul ( Félix de Givry), Eden   - © Ad Vitam

 

En quoi Eden est-il différent de vos autres films ?
Je me suis comme toujours attachée à un personnage, Paul, le « double » de fiction de Sven, et je ne l’ai pas lâché, du début à la fin. Mais la nouveauté, cette fois, l’expérience unique et stimulante, c’était de filmer aussi le groupe, la bande de copains – souvent au milieu d’une foule de figurants. J’ai pris un plaisir indicible à capter cette énergie collective, l’humour, le plaisir d’être ensemble, mais aussi le danger de ce mode de vie, les fragilités, l’incapacité à rester seul.

Comment définiriez-vous cette génération ?
C’est très difficile, parce qu’elle est mouvante, insaisissable. On peut peut-être tenter de l’opposer à la jeunesse de 68, marquée par ses idéaux politiques, celle qu’Olivier Assayas décrit dans Après Mai. Son film a créé un déclic, m’a amenée à réfléchir sur ma propre génération, celle d’après, celle de la désillusion, de la méfiance envers les idéologies. A me demander « qu’est-ce qui nous a définis, nous ? Qu’est-ce que qui nous a donné de l’énergie, de la force ? Qu’est-ce qui m’a rendue heureuse, moi, dans mon adolescence ? » La réponse était évidente. La musique, et pas n’importe laquelle : la musique électronique.

Votre film n’est pourtant jamais vraiment nostalgique…
Il y a quelque chose de poussiéreux, de fétichiste dans l’idée de nostalgie. Ça ne me correspond pas du tout. Mes films sont toujours en rapport avec le passé, mais cherchent à lui insuffler de la vie, du sens. On se retrouvait là-dessus, Sven et moi, parce qu’à un certain point de sa carrière, il a vécu ce moment d’épuisement où tout devient vain. Trop de fêtes, trop d’années, trop de filles, trop d’alcool, de drogue. Faire le film, c’était aussi pour lui une manière de retrouver, aujourd’hui, du sens à son parcours. J’aurais pu « enfermer » le récit dans la grande période du succès de la mouvance électro, en gros, de 92 à 2001 avec le One more time des Daft Punk. Le résultat aurait peut-être été plus commercial, mais il était essentiel pour moi que le film aboutisse au présent, s’ouvre sur autre chose.

 

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