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Bienvenue sur le blog du plus grand fan Officiel de DAFT PUNK !!!


[Interview] Alain Chamfort : « Daft Punk, niveau composition, c’est extrêmement faible »

Publié par daftworld sur 26 Mai 2015, 11:47am

[Interview] Alain Chamfort : « Daft Punk, niveau composition, c’est extrêmement faible »

Lorsqu’il nous rejoint en milieu d’après-midi pluvieux dans ce café du XVIe arrondissement, Alain Chamfort s’excuse d’avance : il gardera ses lunettes de soleil noires durant toute la durée de l’interview, un hématome ayant rendu les contours de son œil enflé et légèrement douloureux. Que l’on ne se méprenne pas pour autant ; car Alain Chamfort, 66 ans et un douzième album studio paru chez [PIAS] après ses mésaventures auprès des vilains majors, n’est pas de ceux qui se cachent. Au contraire : avec un ton apaisé mais un verbe sans complaisance, cet ancien collaborateur de Claude François et de Serge Gainsbourg dénonce l’hypocrisie des maisons de disques, le rapport paradoxal des Français aux « chansons populaires », la faiblesse des tendances pop d’aujourd’hui, et surtout la force de l’amour. Témoignage téméraire d’un « vieil ours polaire » toujours dans le coup. Votre 12e album studio est donc un album éponyme, sobrement intitulé Alain Chamfort. Est-ce une manière d’indiquer d’emblée que cet album est le plus personnel de votre carrière ?

 

Alain Chamfort : Je crois avoir abordé tous mes albums avec la même sensation : des albums constitués de chansons que j’avais envie d’entendre et qui me correspondaient. Maintenant, titrer avec mon nom, c’est plutôt un choix du label, qui pensait peut-être qu’arrivé à un certain moment, se cacher derrière un titre n’était plus indispensable, et que malgré tout, sur la pochette, tous les titres sont affichés clairement et par-dessus mon visage. Je crois que c’est un choix esthétique de leur part. Lorsque la question s’est posée, on envisageait d’autres titres avec Jacques Duvall. On pensait notamment à titrer « On meurt ». Parce que c’est une chanson qui nous plaît beaucoup à tous les deux. Mais on voulait ajouter un point d’exclamation, titrer « On meurt ! », pour insister plus sur le côté « Réveillez-vous » que sur le côté plombant. Mais ça a été refusé. Et puis on a pensé à « Puis-je vous offrir ». Mais le label tenait vraiment à l’album éponyme. Et ça me convient en fait parfaitement en l’état.

Un album éponyme, et en plus, comme vous le précisiez, avec une pochette focalisée sur votre visage en gros plan…Difficile de s’imaginer que vous parlez d’autre chose que de votre « moi ». Sauf que l’on se rend compte rapidement que c’est Jacques Duvall qui, encore une fois, a écrit les paroles…

A. C. : Oui, mais paradoxalement, confier mes textes à Jacques Duvall, c’est un tel partage de thèmes et d’affinités, de regard sur le Monde et sur les autres que j’ai l’impression que c’est quelqu’un qui écrit mieux que moi mais que le propos est très résonnant avec celui que je pourrais avoir si j’écrivais moi-même mes textes. Si j’écrivais, j’aimerais vraiment écrire comme lui. Je n’ai malheureusement pas ce talent : j’ai laissé Jacques se charger de tout ça.

Durant la période de composition de ces textes, vous ne lui suggérez jamais d’idée ?

A. C. : Je l’ai fait à une époque. Mais plus maintenant. Lorsque j’écris une musique, il y a une humeur qui se dégage. Et j’aime être également surpris par l’humeur qui se dégage des textes de Jacques lorsqu’il me les propose. Ça ne correspond jamais à ce que j’avais pensé initialement, mais ça me plaît toujours.

Jacques Duvall, est-ce la personne la plus cohérente avec laquelle vous avez travaillé ?

A. C. : Ah oui parfaitement ! Lorsque je travaillais avec Serge Gainsbourg, c’est moi qui allais vers lui. Et lui écrivait du Gainsbourg pour d’autres personnes que lui…Ce n’était pas très enrichissant. « Bambou », par exemple, c’est juste le nom de sa compagne de l’époque…je n’étais pas très investi dedans ! Alain et moi, c’est une espèce de « monstre à deux têtes », comparable selon moi à la complicité Julien Clerc avec Etienne Roda Gil ou Alain Bashung avec Boris Bergman. Des gens qui vous mettent un vocabulaire dans la bouche. Je me sens terriblement impliqué dans les paroles que Jacques écrit pour moi.

Votre album est soutenu par des compositions remarquablement modernes. Certaines d’entre elles (je pense notamment à votre tube « Joy ») font notamment penser à certaines comptines électro pop que proposent Gaëtan Roussel. Vous dites notamment dans ce morceau-là : « Ton printemps j’vais devoir m’y faire ». On a presque l’impression que vous parlez ici de cette pop hyper moderne que vous proposez…

A. C. : C’est une vision intéressante. Et c’est amusant parce que c’est la seule chanson de l’album sur laquelle j’ai basé la musique sur le texte. J’ai lu le texte. La découpe c’est faite par elle-même. J’ai appuyé sur le mot « Joy » puis l’est détaché du reste. Ensuite, je n’ai pas mis de césures malgré un long débit, parce que la compréhension du texte aurait tout de suite été moins évidente. Pour le reste, j’avoue que je ne réfléchis pas, l’inspiration vient d’elle-même. Ça a été fait en 10 minutes, sans véritable réflexion au préalable. Y avait un truc évident. Il y a souvent le lien entre une chanson évidente et une chanson facile. Or, ce n’est pas du tout la même chose. On se dit : « ouais, il a fait une chanson populaire ». Mais c’est très dur à faire. C’est étrange cette façon qu’a un certain public de percevoir ces chansons-là…Quand c’est Pet Shop Boys, personne ne dit rien. Quand c’est Gorillaz non plus. Quand c’est Alain Chamfort ou un chanteur français, par contre, c’est suspect…

Peut-être parce que le chanteur français, en France, on comprend ce qu’il raconte…

A. C. : Oui, mais je ne pense pourtant pas qu’il y ait de faute de goût dans ce morceau. Mais bon c’est comme ça, il y a toujours une petite réticence. Je la ressens à l’égard notamment d’un certain nombre de chroniqueurs. J’aimerais juste savoir ce qui rebute les gens. La pop anglaise est faite que de tubes de ce genre, mais ceux-là sont appréciés. J’entendais tout à l’heure Daft Punk en entrant-là : « ninnin nin nin… » C’est quoi le nom déjà ?

« Get Lucky ».

A.C. : Ah oui c’est ça. Ben voilà « Get Lucky » par exemple c’est dix fois plus simple encore que « Joy ». L’architecture harmonique est ultra simple…Daft Punk, niveau composition, c’est extrêmement faible. Imaginez s’ils chantaient en Français ce qu’ils chantent en Anglais…

Vous pensez que vous seriez plus apprécié si vous chantiez en Anglais ?

A. C. : Je pense que si c’était chanté par quelqu’un d’autre, et en Anglais, ça passerait beaucoup mieux oui. On ne le réceptionnerait pas de la même manière. Moi, je ne me suis jamais revendiqué d’aucune chapelle. Je n’ai jamais souhaité m’appuyer sur aucune référence incontestable pour justifier ma culture et mon orientation musicale. Beaucoup d’artistes français ne se gênent pourtant pas pour le faire. Se revendiquer de Lou Reed et de The Velvet Underground, en prétendant qu’ils n’écoutent que ça. Moi je n’y crois pas. Ils s’imaginent qu’en les citant ils seront assimilés à ça. Alors que quand tu les écoutes, ils font de la chanson française comme tout le monde…Personnellement, et même si j’ai écouté Lou Reed et même des gens bien plus anciens, je ne revendique que le fait de faire la musique la plus naturelle pour moi.


Et cette réticence de l’intelligentsia culturelle que vous évoquez en sourdine, est-elle liée à votre passif musical, et notamment à votre rapport que l’on connaît avec Claude François ? Tout à l’heure, et vous n’avez pas dû vous en rendre compte, vous avez employé le terme de « chanson populaire » pour parler de « Joy »…

A. C. : Finalement, une chanson, c’est quoi son but ? On a plusieurs possibilités. Soit on fait un pamphlet politique ou social, ou alors on reste dans les sentiments, et notamment dans les chansons d’amour. Moi j’estime que c’est mon domaine et que c’est celui dans lequel je me débrouille le mieux, et qui est suffisamment vaste pour que l’on puisse se renouveler. Et le but c’est que cette chanson rentre à terme dans le cerveau des gens, et qu’elle leur fasse une bande sonore pour accompagner le moment qu’ils sont en train de vivre. Ça n’a à mon avis pas d’autre prétention que ça. Lorsque l’on arrive à ce que notre chanson touche les gens et qu’elle devienne « important » pour eux (mettons des réserves sur le mot « important »), je crois que c’est une réussite. Si c’est pour faire des chansons qui restent sur des albums que personne n’a envie d’écouter hein…

Quand on lit les textes de votre dernier album, on n’a pas du tout la même sensation que lorsqu’on l’entend…Vouliez-vous éviter le ton sur ton trop barbant ?

A. C. : Oui, et je crois que c’est ce que m’apporte Jacques. D’un seul coup, j’ai l’impression que mes chansons deviennent des chansons que j’ai l’impression d’être quasiment le seul à défendre (je dis ça sans aucune prétention) : des textes qui émanent d’une certaine profondeur, avec ce qu’il faut de sens et d’intelligence, et en même temps sur une musique qui elle doit se contenter de faire son chemin sans que les gens ne se posent trop de questions. C’est vrai que si on rajoute sur ce texte des arrangements un peu lourds, je trouve que ça ne rentre pas d’une manière aussi insidieuse.

« On Meurt », « Deux poignards bleus », « Le Diable est une blonde »…il y a un champ lexical de la mort et de l’après qui est très présent…

A. C. : Oui. On pourrait aussi parler de « clairvoyance »…La femme fatale, elle existe. La femme dangereuse et irrésistible, on sait qu’elle existe, et on sait que l’on va se perdre avec elle…On ne peut pas se raisonner.

Vous avez signé chez [PIAS] après l’échec commercial de votre précédent album studio Le Plaisir paru chez Delabel de EMI…et, bon, les médias rappellent cet échec à chacun des papiers qui mentionnent votre nouvel album…J’ai donc une question très simple : vous, avez-vous apprécié cet album ?

A. C. : Ah oui, absolument ! Surtout parce qu’il n’a absolument pas été défendu par l’équipe qui était en place au label…Les chansons de cet album étaient aussi bonnes que celles qui figurent sur l’album que je viens de faire paraître. Il n’y a pas une différence fondamentale. Je l’ai trouvé suffisamment bon en tout cas pour me satisfaire. Après, j’ai été appelé par des gens chez EMI, des gens qui ont quitté le navire deux mois après…Les nouvelles personnes qui sont arrivées ont alors mesuré le poids de certains contrats qui avaient été signé (le mien notamment), les mecs se sont dit « on ne peut pas licencier 60 personnes à cause d’un plan social et garder des artistes qui nous coûtent autant d’argent ». À partir de là, ils ont arrêté de bosser l’album. Et lorsqu’un album ne passe pas en radio, et que personne n’est là pour en parler, forcément, c’est un échec. Chez EMI, ils ne pouvaient pas communiquer officiellement en disant : « voilà, on a fait signer un contrat trop lourd à Alain Chamfort ». C’était bien plus facile de dire que je ne vendais pas assez de disques. De toute manière, je leur ai fait un procès, que j’ai gagné.


Et alors du coup, pourquoi [PIAS] ?

A. C. : J’ai fait il y a 2 ou 3 ans un album chez Mercury. Un album de duos. Un énième album de duos je devrais dire…Je n’étais pas franchement enchanté par cette perspective…Format très éculé. Moi, la seule chose qui m’intéressait, c’était de faire celui-là pour pouvoir en faire un autre, mais plus inédit. J’ai fait l’erreur de penser que si ça marchait, je le ferai chez eux. Mais ils pensaient que l’album allait marcher tout seul, ce qui n’a pas été le cas. Donc eux aussi ont arrêté de le bosser. Et honnêtement, s’il n’y avait pas eu la proposition de [PIAS], je n’aurais pas refait d’album. La solution du label indépendant m’allait beaucoup mieux que de signer de nouveau en major. Il y a une vraie exigence chez eux, et donc deux albums à faire au total.

Dans « Joy », vous vous comparez à « un vieil ours polaire ». C’est juste pour la rime ?

A. C. : Oui et non. Joy, c’est une jeune femme qui apparaît dans la vie d’un vieil adulte qui pensait qu’il resterait célibataire. Puis la vie revient, l’énergie, le printemps. Fatalement, au bout d’un moment, on est un peu figé dans ses habitudes, on fait moins d’efforts.

Cette chanson, elle me fait penser à Whatever Works de Woody Allen, où l’on retrouve la même intervention d’une jeune créature dans la vie d’un vieux monsieur…

A. C. : Ah oui c’est génial comme référence ! C’est vrai que ça pourrait être la version chantée de ce film !


Alors, justement, l’album parle principalement d’amour…

A. C. : …oui, ou du moins, des conséquences de l’amour, de ses manifestations, de ce que l’amour nous révèle. L’autre nous fait révéler de manière réelle et parfois très négative…

Vous semblez à la fois dans cet album être le bourreau et la victime…

A. C. : Oui, et c’est là ce qu’est l’amour ! À partir du moment où on a vécu, je crois que l’on peut se permettre d’avoir une réflexion un peu plus complexe sur les relations et considérer que parfois, un parfum peut décider de tout…

Avez-vous un avis sur la pop music aujourd’hui en France, puisque c’est finalement un peu ce que vous faites également ?

A. C. : Si c’est bien fait, ça peut me parler. Mais ce que je remarque, c’est qu’un artiste pop aujourd’hui doit tout maîtriser pour arriver à percer. Ses réseaux sociaux, ses clips, son image, son marketing…si Christine & the Queens ne danse pas, elle ne perce pas. Si Stromae ne pense pas à tous les trucs qu’il fait aussi, c’est pareil…

Vous évoquez Christine et Stromae, des artistes qui en live sont remarquablement ambitieux. Vous, vous bougez notamment beaucoup dans le clip de « Joy ». Comment abordez-vous vos prochaines lives ?

A. C. : J’avais au départ envie d’être seul sur scène. Juste avec quelques sampleurs devant moi. J’en ai parlé au tourneur. Il n’était pas très convaincu. Finalement, on va limiter les risques, et ça va être très classique. Il y aura donc un groupe avec moi, et je vais chanter.


 

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