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CASSIUS, LE DUO QUI NE VOULAIT PAS ÊTRE DAFT PUNK

Publié par daftworld sur 26 Août 2016, 17:41pm

CASSIUS, LE DUO QUI NE VOULAIT PAS ÊTRE DAFT PUNK

Le public ne jure que par les robots casqués. C’est oublier que Cassius a aussi été l’un des pionniers de la French Touch. GQ décrypte avec le groupe ce parcours d’éternel outsider.

 

C’était il y a plus de dix ans, le 17 février 2005: Philippe Zdar, moitié de Cassius, était fait chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres. Devant les 500 invités réunis sous les dorures de la rue de Valois, le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, saluait la carrière déjà prolifique de ce "pionnier de la house française": ses débuts comme producteur de MC Solaar (avec Hubert Boom Bass), ses remixes pour des pointures (Björk, Depeche Mode), son statut de parrain de la French Touch acquis grâce à son projet Motorbass (avec Étienne de Crécy), puis l’aventure Cassius (toujours avec Hubert Boom Bass). Aux côtés de Zdar ce jour-là ? Dimitri from Paris et Air, eux aussi décorés. Les Daft Punk avaient pour leur part refusé l’adoubement. Si les deux robots font désormais figure de fers de lance de l’électro française pour le plus grand nombre, l’affaire ne doit  pas être classée à la va-vite: et si, avec son parcours et son réseau (Phoenix, Beastie Boys, Pharrell Williams...), le duo Cassius était aussi influent ?

Les hommes de l’ombre
Ce n’est pas au ministère de la Culture que l’on retrouve Cassius, mais au Motorbass Studio, propriété de Philippe Zdar sise à Pigalle, à deux pas du cabaret de Michou. Zdar étant en retard, c’est Hubert Boom Bass qui nous accueille: 50 ans l’an prochain, mince, coiffé comme Monsieur Propre, affable, calme, réfléchi. Zdar déboule. On comprend vite pourquoi Gainsbourg avait surnommé "l’excité du bocal" ce jeune homme bondissant monté d’Aix-les-Bains à Paris à la fin des années 1980 pour devenir ingénieur du son. C’est aussi à cette époque que Philippe et Hubert se sont rencontrés pour la première fois, via le père du dernier, le producteur Dominique Blanc-Francard (précisons qu’Hubert Boom Bass est aussi le frère de Sinclair, ndlr). Leur association proprement dite commence en 1991, autour du premier disque de MC Solaar. Les deux compères sont fascinés par De La Soul, A Tribe Called Quest et Public Enemy. "Le hiphop était la musique moderne, notre punk, se souvient Zdar. Ça a été notre première révolution, avant la techno." Il peaufine l’enrobage de "Caroline", Boom Bass apporte l’instru de "Qui sème le vent récolte le tempo". MC Solaar: "Boom Bass était un mec super intransigeant qui n’aimait pas la variété. Moi, je voulais mettre des échos dans mes chansons, reproduire des trucs entendus dans mon enfance à la radio. Mais lui refusait." Cette intransigeance paie: l’album se vend à plus de 300.000 exemplaires.

Rebelote en 1994 avec Prose combat. Grâce à un compresseur Fairchild (le même modèle que celui utilisé par les Beatles), le duo décolle artistiquement – réécoutez "Nouveau western" et son sample emprunté à Gainsbourg signé Boom Bass, ou "Obsolète", dont la production estampillée Zdar rendit alors béat d’admiration Thomas Bangalter de Daft Punk. Cette fois, c’est carrément le carton: près de 900.000 copies écoulées. Jusqu’ici hommes de l’ombre, Hubert et Philippe sont repérés par JamesLavelle, patron du label anglais Mo’Wax, qui leur propose de sortir des maxis chez lui. C’est chose faite avec La Funk Mob. Si tout roule en apparence, un fossé sépare les deux amis: à fond dans les raves depuis 1992, Zdar raffole de la techno, musique à laquelle Boom Bass mettra du temps à accrocher. En 1996, Zdar et Étienne de Crécy balancent Pansoul sous le nom de Motorbass. Zdar et Boom Bass filent alors à New York où est programmée une session d’écriture pour le prochain MC Solaar. La nuit, ils traînent dans les clubs, le Red Zone ou le Sound Factory Bar. Hubert: "Le son était incroyable. Des gays, des lesbiennes, des Chicanos, des Noirs, des Blancs, des gros, des chauves dansaient des heures ensemble… Un jour, Philippe m’a fait écouter le titre “Bring U Up” de Romanthony. C’était du funk, du Prince, du James Brown, mais en house. J’ai basculé, et de tout ça est né Cassius."

 
 
Faux départ
Au milieu des années 1990, l’effervescence contamine Paris. Pedro Winter, futur manager de Cassius, des Daft et de Justice, se souvient : "en 1993 je suis traumatisé par un maxi énigmatique acheté à Laurent Garnier chez USA Import à Bastille : le Transphunk EP de Motorbass. En 1995, chez Radio FG, je croise enfin le héros de mes oreilles, Philippe Zdar. La même année, un certain Chris The French Kiss (futur Bob Sinclar) me file un maxi sur lequel on trouve une tournerie hip-hop mentale, “Sans rémission” de La Funk Mob, avec un sample d’une fille qui répète “La Funk Mob ça me rend folle”. Je deviens fou aussi. Dans les crédits, mon œil est attiré par ce nom farfelu, Hubert Boom Bass. Je me rends compte que Zdar et Boom Bass bossent ensemble. Zdar me présentera Hu­bert lors d’un dîner d’anniversaire dans un karaoké. » Avec les soirées Respect, qui dès 1996 rassemblent plus de 1000 personnes au Queen le mercredi, le phénomène French Touch démarre. Homework de Daft Punk sort en 1997, le single de Stardust en 1998. Les Cassius auraient dû être là avant les autres, mais retardé deux ans par un problème de samples à déclarer, leur premier album, 1999, n’arrive qu’en… 1999. Accroche de la campagne de lance­ment ? "Cassius, si vous ne dansez pas, c’est que vous êtes morts." Zdar : "On avait 30 ans mais on se sentait toujours jeunes. On ne prenait pas la vague, on était dedans. On avait une patate incroyable." Les Cassius font le tour du monde, prennent du bon temps, claquent à tout va – Winter se souvient d’une escale à Chicago où Zdar acheta pour 2 000 dollars de vinyles à un DJ local qui revendait sa collection.

Le goût de l’artisanat
L’âge d’or prend fin en 2001, après le Discovery de Daft Punk, quand arrivistes et nigauds se mettent à produire du sous Stardust au kilomètre. La French Touch se fre­late. À New York et Londres, le rock est de retour. "Une semaine avant la sortie de notre album Au Rêve, je lis un article sur les Strokes. Je comprends que toute la pla­nète veut mettre des pantalons noirs serrés et acheter des guitares. Et chez nous, place à la chiasse musicale, des Gilbert Bécaud jeunes qui parlent de leurs voisines de palier…", lance Philippe Zdar en évoquant Vincent Delerm et la nouvelle chanson française. "La gueule de bois totale." La house est démodée et leur album Au Rêve, pourtant très bon, fait un bide. Cassius persévère, se remet en question avec le très pop-rock 15 Again (2006) et son single "Toop Toop". Dans la foulée, Zdar achète et aménage ce qui est aujourd’hui le Motorbass Studio. Ses vieux copains de Phoenix, qui n’ont plus de label, s’y installent un an entre 2008 et 2009. "Avec Cas­sius, on se retrouve sur l’artisanat, affirme le guitariste Laurent Brancowitz. Nous, chez Phoenix, on reste avec nos amis, en travaillant sur le principe des entreprises familiales, de père en fils, une petite maison de luxe à l’ancienne, des selliers, comme Hermès ! Zdar, je suis fan de son approche, voilà un mec qui vit totalement pour son art. Bosser avec lui, c’est extrême : à la fin de la journée, soit c’est de la merde totale, soit c’est fabuleux et on sable le champagne." Le premier album de Phoenix enregistr chez Zdar, Wolfgang Amadeus Phoenix, décroche en 2010 le Grammy Award du meil­leur album de musique alternative. Philippe devient le producteur dans le vent, collaborant avec les meilleurs, de Cat Power aux Beastie Boys…

Paul Morand à Ibiza
Cela faisait dix ans que Cassius n’avait plus sorti d’al­bum. Ibifornia est donc un événement : mis en boîte entre Los Angeles et Paris, navigant entre électro, pop et free-jazz, jouissant d’un son fastueux et d’invités prestigieux (Cat Power, Mike D des Beastie Boys, Phar­rell Williams), il envoie le bois. "Cassius se situe toujours entre le has-been et le tube, constate David Blot, journaliste et organisateur des fêtes Respect. À chaque fois que tu penses qu’ils sont du passé, ils reviennent avec un tube original." Déclaration d’amour à l’île espagnole où Zdar loua une maison à l’an­née pendant six ans, Ibifornia n’est pas dupe des clichés. Boom Bass : "L’idée du disque, ce n’est pas d’inciter les gens à être ivres morts dans un lupanar à écouter David Guetta… Je n’avais pas vraiment réagi à Ibiza la première fois : je n’avais vu que le Sud de l’île, des mecs tatoués en tongs. Après, j’ai découvert le Nord. Depuis, c’est le seul en­droit où je me sens chez moi. Il y a un magnétisme, quelque chose de mystique." Lecteur boulimique, Zdar nous retient pour nous parler de sa passion pour Paul Morand, dont il vient de dévorer L’Homme pressé. Des hommes pressés, les Cassius ? Sans doute, mais qui ont su avec brio s’inscrire dans la longévité.

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