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De Daft Punk à Elena Ferrante, la contreculture de l'anonymat

Publié par daftworld sur 5 Juin 2017, 16:00pm

L'auteur sans nom, sans visage, est-il la vraie superstar du XXe siècle? Un ouvrage retrace l’histoire de l’anonymat dans la pop culture, ou quand des artistes et activistes avançant masqués réinventent les notions d’identité et de liberté

De Daft Punk à Elena Ferrante, la contreculture de l'anonymat

Daft Punk et J. T. Leroy. Romain Gary et Gorillaz. Elena Ferrante et The Residents. Quel lien entre ces créateurs? Tous ont dissimulé leur identité derrière des avatars, alias ou pseudos. Ils se sont joués de leur époque ou ont aiguisé l’intérêt du public. Ont déclenché des scandales ou, questionnant le principe de célébrité au cœur de nos sociétés, imaginé de nouvelles façons d’être au monde. Histoire d’une stratégie où celui qui porte un masque devient légende.

Dans L’Odyssée, il y a cette scène où Ulysse trompe le Cyclope en jurant: «Mon nom est Personne». Et le «fils de Laërte, l’homme d’Ithaque» d’échapper à un sort cruel en ayant su devenir un anonyme, un «incognito: être complexe, insaisissable, aux raisons multiples, mystérieuses», comme l’écrit le journaliste français Yann Perreau dans son essai Incognito. Si les pratiques de l’anonymat ont toujours existé, leurs usages se sont multipliés au cours du XXe siècle. A l’heure de la surveillance de masse, de la mise en scène de soi ou, à l’inverse, de l’effacement des identités sur la Toile, elles touchent désormais tous les domaines de la création, de la vie politique ou bien civile.

Toutefois, l’histoire de cette stratégie visant à tromper le monde pour en rire, railler le star-system, asseoir par le mystère sa renommée, ou encore dénoncer dans l’ombre les dérives et manquements des gouvernants, restait à retracer. Non pour percer à jour quelques identités demeurées mystérieuses. Après tout, qu’importe quel pékin se dissimule derrière le «street artist» Invaders ou le producteur anglais SBTRKT? Mais plutôt pour comprendre pourquoi la réinvention de soi hante la culture populaire et mobilise largement les fans. «Qu’importe au fond la personne réelle derrière la fiction? souligne Yann Perreau. Seuls les personnages inventés sont intéressants. Des personnages en forme de point d’interrogation.»

«Je est un autre»

Un auteur revendiquant une œuvre en la signant: cette démarche aurait paru fort curieuse aux créateurs de l’Antiquité, où l’art se concevait d’abord comme une entreprise collective. Entré dans le Moyen Age toutefois, plus de cela. «Le Verbe bannit dès lors l’anonymat, considéré comme une hérésie», souligne Yann Perreau. Apparue avec l’imprimerie, la notion d’auteur se raffermit en 1537, lorsque François Ier impose aux écrivains le dépôt légal de leurs œuvres, manœuvre mise au service d’une censure d’Etat forçant bientôt les intellectuels à recourir à des noms d’emprunt afin de s’exprimer librement sans nécessairement finir chaînes aux pieds. C’est François Rabelais publiant Pantagruel (1532) sous l’anagramme Alcofribas Nasier, Montesquieu faisant paraître ses Lettres persanes (1721) attribuées aux mystérieux Usbek et Rica, ou plus tard Arthur Rimbaud, 17 ans, qui adresse un texte satirique au journal Le Progrès des Ardennes sous le pseudonyme de Jean Baudry.

On pourrait multiplier les exemples. Mais concentrons-nous plutôt sur le XXe siècle où, comme en réponse au «Je est un autre» lancé par l’auteur des Illuminations, l’anonymat devient pour les avant-gardes tout à la fois une «notion refuge face au commerce de l’art, selon Yann Perreau, une planche de salut permettant de retrouver l’authentique et une stratégie révolutionnaire privilégiant le collectif par rapport à l’individuel».

Quelconque

En 1917, Marcel Duchamp adresse un urinoir blanc en porcelaine signé R.MUTT au comité de sélection de la Société des artistes indépendants de New York. Scandale. Démasqué, le maître clame: «L’art de demain sera clandestin.» Prophétique! Au cours des décennies suivantes, des artistes lui emboîtent le pas. C’est Romain Gary se cachant derrière le pseudo Emile Ajar (La Vie devant soi, Prix Goncourt 1975), Bowie s’annulant au gré d’identités multiples, Michel Foucault s’abîmant dans son étude du «processus de subjectivation», Andy Warhol se confondant avec une production hantée par le vide, Banksy se faisant héros masqué rappelant combien «il faut de cran pour rester anonyme dans une démocratie occidentale et réclamer des choses auxquelles personne ne croit – comme la paix, la justice et la liberté».

On songe alors au militant altermondialiste mexicain sous-commandant Marcos, à la nébuleuse hacktiviste Anonymous, ou aux lanceurs d’alerte Chelsea Manning et Fuat Avni. «C’est parce qu’ils avançaient invisibles que ces acteurs ont pu dénoncer des dérives autoritaires et exprimer une exigence de démocratie», explique Yann Perreau, dont l’ouvrage boucle sur une méditation entêtante: dans une époque obsédée par la transparence, comment observer l’anonymat devenu une manière de grammaire pop dépourvue de subversion? Parole est alors laissée au philosophe italien Giorgio Agamben: «L’être qui vient: ni individu ni universel, mais quelconque. Singulier, mais sans identité. Défini, mais uniquement dans l’espace vide de l’exemple.» Un rien, alors? Et si Warhol avait raison quand il avançait: «Rien, c’est passionnant. Rien, c’est parfait.»

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