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Daftworld

Daftworld

Bienvenue sur le blog du plus grand fan Officiel de DAFT PUNK !!!


un petit résumé

Publié par Anonyme sur 29 Octobre 2008, 17:52pm

un petit résumé
2007 aura été l'année Daft Punk: tournée triomphale internationale, long-métrage à Cannes et album live
Fracassante, la tournée a non seulement marqué le retour scénique de Daft Punk mais aussi enterré les doutes sur la créativité du tandem. Confirmant l'originalité de sa démarche artistique globale avec le long-métrage "Electroma", le groupe a sortie un live à Bercy.

L'occasion d'un retour sur le cheminement du mythe Daft Punk et sur son univers à part.

Comment deux petits français ont-ils imposé leur rêve et leur son extra-terrestre sur la musique électronique mondiale en se retranchant derrière des masques de robots ?




Tout commence au lycée
C'est souvent sur les bancs de l'école que naissent les plus belles histoires d'amour, les plus folles passions. Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem Christo ont usé leurs fonds de jean's sur les mêmes bancs d'un lycée parisien, le lycée Carnot. Il s'y rencontrent vers 1987, à 12-13 ans et se reconnaissent autour de passions communes : le cinéma et la musique, de Jimi Hendrix à la soul de Motown et Stax records mais aussi les Beach Boys, les Stones, les Stooges d'Iggy Pop et le MC5.

Devenus inséparables, ils montent à 17 ans un groupe de rock indé, Darlin (dans lequel figurait Laurent de Phoenix). Thomas tient la basse et Guy-Man chante et écrit les textes. Darlin sort un premier single tiré à un peu plus d'un millier de copies. Publié sur le label Duophonic de Stereolab, il reçoit un accueil plutôt tiède de la presse britannique, l'influent Melody Maker (aujourd'hui disparu) traitant le groupe de « daft punks », c'est à dire de punks débiles ou punks cinglés. Le nom va rester.

Peu échaudés par cet accueil qu'ils vont reprendre à leur compte avec le succès que l'on sait, Thomas et Guy-Manuel se tournent alors vers la techno et la house qu'ils ont découvert via Andrew Weatherall, Primal Scream et The Orb."Les premières soirées à Beaubourg étaient amusantes et les concerts de rock de plus en plus chiants", témoignaient-ils dans Libération en 1997. "Avec la house, les gens dansaient et paraissaient ouverts. Même dans le processus de composition, l'idée de faire danser était quelque chose qui nous intéressait".

Thomas ayant reçu un sampler pour ses 18 ans, ils se mettent à bricoler des morceaux.
Leur premier single sous le patronyme Daft Punk « The new wave / Alive », est publié en 1994 sur le label écossais Soma. Accompagnée d'un cliché des deux gamins (ils n'ont pas 20 ans) à la morgue punk défiant l'objectif, la note de présentation pour la presse dit simplement « techno adolescente française ». Une originalité qui retient déjà l'attention (à défaut des oreilles) de quelques prescripteurs de tendances outre-Manche...

Ce n'est que l'année suivante, en 1995 que la sauce commence à prendre véritablement avec la sortie du maxi de disco mutant « Da Funk / Rollin' and scratchin' », qui lorgne clairement vers les maîtres techno-house de Chicago. Da Funk figure rapidement en bonne place dans les sets des Chemical Brothers, alors grands gourous de la scène électronique britannique et donc mondiale.

Un remixe de ces derniers plus tard (« Life is sweet »), un autre maxi foudroyant « Trax on Da Rocks » sorti sur le label de Thomas, Roulé, et un autre sur Soma, Indo Silver Club, plus quelques invitations à mixer dans de prestigieux clubs anglais comme le Heavenly Social, vont achever de faire de Daft Punk le groupe le plus en vue du moment...sans avoir encore sorti un seul album. Dès lors, la machine va s'emballer sérieusement.



Homework, un premier album historique

Dans le monde de la musique électronique, on se souvient encore avec des yeux ronds de la foire d'empoigne à laquelle « Homework », le premier album de Daft Punk, donna lieu avant même sa sortie.

Alléchées par ce que l'industrie considérait déjà, à raison, comme l'une des plus imparables futures machines à danser (et donc à sous) de la décennie, les grosses maisons de disques se mirent à agiter frénétiquement les chèques sous le nez du jeune duo pour obtenir le privilège de le signer. Les enchères montèrent dans des proportions indécentes et jamais vues, en tout cas de ce côté-ci de l'Atlantique et du Channel. Virgin emporta finalement le morceau.

La mécanique marketing, qui s'employa soigneusement tout du long à cultiver le mystère et à distiller le buzz tout en investissant des sommes colossales en promotion pour ce qu'elle vendait comme «la nouvelle sensation techno adolescente parisienne ! », fut récompensée au-delà de ses prévisions les plus optimistes. C'est que l'album sur laquelle elle s'appuyait était une matière première de choix.

« Homework », sorti fin 1996, est en effet un album « historique » à plus d'un titre. Il y a eu indéniablement un avant et un après à ce disque qui aura fortement marqué l'époque de son empreinte.

Oui, c'est par « Homework » que tout est arrivé : ce disque a non seulement lancé la mode internationale de la house filtrée, mais aussi donné le coup d'envoi de la vague «french touch » qui a servi de tremplin à de nombreuses formations hexagonales (Air, Cassius, Superdiscount etc ...) et permis à la France de ne plus piteusement raser les murs dans le domaine de la musique.

Au-delà, on peut même dire que ce disque a beaucoup aidé à populariser auprès des masses internationales la musique électronique techno et house – pour preuve, Daft Punk récoltera même les remerciements des créateurs de la techno de Detroit et de la house de Chicago pour avoir mis leurs oeuvres en lumière auprès du public américain.

Musicalement, « Homework » envoie entre house et techno et ajoute la patte décomplexée des Daft, qui n'hésitent pas à tremper leurs sonorités d'échos pop, rock et même hip-hop. Surtout, il aligne les hits planétaires avec insolence, de « Around the world » à « Burnin' ».

La tournée mondiale qui suit démontre la maestria scènique de Thomas et Guy Man qui créent un véritable show en reinventant leur répertoire chaque soir, loin de l'esbroufe et de la pauvreté scénique décevante des bidouilleurs électroniques alors en vigueur.



Discovery fait fi du bon goût

Les années suivantes voient le duo lancer chacun de leur côté un label (voir à Daft Galaxie). Si Crydamoure, le label de Guy Man, reste fièrement campé dans la house underground, celui de Bangalter, Roulé, s'affiche plus grand public et s'offre même un succès mondial fracassant avec “Music Sounds Better You”, un bijou de pop-house qui restera le grand hit des clubs de la fin des années 90.

Attendu comme le Messie, le second album des Daft Punk, “Discovery”, paraît en 2001 et surprend les oreilles les plus blasées. Audacieux, jusqu'au-boutiste, faisant fi du bon goût et des conventions, s'appuyant sans complexe sur des références passéistes années 80, et pas forcément les meilleures, ce disque propulse pourtant une nouvelle fois la musique électronique dans le futur, et apparaît comme l'un des chocs musicaux du début du 21e siècle.

Un album néanmoins très controversé dans un premier temps par les fans et les critiques musicaux qui ne savent pas comment prendre ces compositions à la fois naïves et sophistiquées, tendres mais écoeurantes sur la distance. Malgré la présence du tube inusable “One More Time”, cet album séminal dont on entend encore les échos dans toute la musique actuelle, ne réussira pas le carton du précédent. Sans compter que Daft Punk est désormais constitué d'un tandem de robots affublés de monstrueux casques intégrals de moto

Cela n'empêche pas le duo d'engloutir tous ses bénéfices dans un vieux rêve d'enfant, la réalisation d'un ambitieux dessin animé, « Interstella 5555 (The 5tory of the 5ecret 5tar 5ystem»), pour lequel est recruté l'un des maîtres de l'animation japonaise, Leiji Matsumoto, 65 ans, dont l'imagerie a bercé l'enfance télévisuelle des Daft Punk avec notamment avec " Albator ". Découpé, ce long-métrage présenté à Cannes formera la base des clips accompagnant les singles de l'album « Discovery ».


Les personnages de dessins animés de ces vidéos feront désormais, seuls, office de passeurs désincarnés: car non seulement le groupe ne montre plus son visage en photo, mais il décide aussi de ne plus se produire sur scène.


Sans doute soucieux de faire taire les cris de protestation des fans de la première heure, Daft Punk sort en catimini , quelques mois après "Discovery", un album live, “Alive 1997”, enregistré lors d'un concert à Birmingham (G-B) qui fait figure de document rare en témoignant de l'impact sonore dont sont capables les deux Parisiens.

Avare d'apparitions publiques, Bangalter se soumet à quelques sets de DJ's ici et là - il laisse d'ailleurs un mauvais souvenir aux spectacteurs de la première édition de Villette Numérique (2002) - mais continue de s'activer à l'ombre de son studio puisqu'il réalise l'année suivante avec un certain brio la bande originale du film Irréversible. Des compositions tendues, minimales et techno qui laissent penser que le troisième album des Daft pourrait marquer un retour au dancefloor. Faux.



2007, l'année Daft Punk

Comme à l'accoutumée, le duo n'aime rien tant que contrer les prévisions et faire où on ne l'attend pas. Le troisième album de Daft Punk, “ Human after all ”, enregistré en six semaines et sorti en 2005, est un disque sombre, brutal et mécanique, loin des enluminures de Discovery, et où les guitares synthétiques et les voix passées au vocoder se taillent la part du lion (voir le clip du hit Technologic, le titre le moins dark de l'album avec la ballade mélancolique Make Love).

En première analyse, sous le choc de l'écoute de ce disque sec comme un coup de trique qui revendique une thématique un peu courte de " robots qui découvrent le rock ", nombreux sont les dans à se dire déçus, arguant que les Daft sont moins percutants, moins innovants, voire en panne d'inspiration. Mais le temps, semble-t-il, travaille toujours pour ce duo régulièrement compris avec retard dans sa démarche et ses intentions.

Un retour innovant sur la scène mondiale

Ainsi, Daft Punk reprend le pouvoir de main de maître en montant un Live show étourdissant qui marque son grand retour sur scène après près d'une décennie d'absence. L'envie de remonter sur les planches est venu à nos deux extra-terrestres en réalisant qu'ils pouvaient par le biais d'un spectacle hors-normes aller de l'avant et proposer quelque chose de neuf " permettant de repenser la musique électronique ". Dès leur premier live, au festival Coachella, dans le désert californien en avril 2006, la nouvelle se répand comme une trainée de poudre: le live des Daft, c'est le choc, un truc de fou, le spectacle à ne pas louper.

"Le déclencheur, c'était de sentir que la technologie permettait de réaliser des choses qu'on ne pouvait pas faire il y a dix ans, avec les ordinateurs, la musique, les lumières...", expliquaient-ils dans le Hors-série que leur a consacré Les Inrockuptibles à l'été 2007. C'est intéressant de se demander comment il est encore possible d'innover de nos jours. A l'époque de Discovery, il nous était apparu impossible d'amener sur scène quelque chose à la hauteur de nos attentes comme de celles du public."

Un show sismique et irréel

Résultat, un show sismique, jamis vu, très théatralisé - Thomas Bangalter le compare volontiers à une comédie musicale de Broadway - et surtout irréel. Les deux Daft, casqués et dûment vêtus de leurs costumes moulants, y apparaissent perchés au sommet d'une pyramide de lumières en forme de diamants qui évolue au gré du spectacle, telle une soucoupe volante prête à décoller dont les moteurs trépident à plein régime.

Le duo, que les spectateurs attentifs voient se fendre d'un petit signe de la main en clin d'oeil à Rencontres du 3e Type (de Steven Spielberg ) ressemble plus que jamais à une entité extra-terrestre inaccessible mais terriblement malicieuse.

Sur scène " nous sommes dans notre scaphandre, il doit faire 40° sous le casque et on ne voit pas bien les gens", expliquent-ils, précisant que " sous les masques, "on dialogue avec un système radio ".

Musicalement, le show est un cataclysme télescopant leurs morceaux les plus connus, une déconstruction-reconstruction à la façon d'un méga-mixe jouissif où chaque son est à la fois familier et neuf.

En dix-huit mois, d'avril 2006 à fin 2007, Daft Punk donne une cinquantaine de shows et est applaudi de New York à Paris en passant par Melbourne par un total de 750.000 personnes, une foule immanquablement en délire.

Un clip signé Olivier Gondry (frère de Michel) de Harder Better Faster live 2007, est tiré d'images de leur concert estival à Brooklyn pour lequel 200 spectateurs ont été munis de caméras. Mais c'est leur passage mémorable à Paris-Bercy qui sera retenu par le groupe pour leur CD live, Daft Alive 2007, sorti le 19 novembre 2007. En revanche, nouveau contre-pied, le groupe refuse de publier un DVD pour témoigner de la folie de ses shows. Les nombreuses captations de fans disponibles sur les sites de partage de vidéos suffisent, estiment-ils.

Le long-métrage Electroma
Comme si l'année n'était pas assez chargée, le groupe présente à Cannes un long-métrage OVNI, "Electroma", publié en DVD fin 2007. Un film énigmatique, muet, présenté comme " une odyssée visuelle et musicale ", sorte de road-movie racontant la quête de deux robots pour devenir humains dans le cadre lunaire du désert américain et de ses routes impeccablement bitumées.

Enfin, impossible d'échapper en 2007 à la frénésie Daft Punk, puisqu'il squattent les hit-parades mondiaux indirectement dès l'été grâce au hit "Stronger" de Kanye West, articulé autour d'un bon gros sample de "Harder, Better, Faster, Stronger". "Sans doute la citation de notre travail qui nous a séduits le plus", assure Guy-Man. Ah oui ? Au rythme où vont les choses, cette bonne recette risque de faire des petits...



Paroles d'humains (après tout)
Les masques et les déguisements de robots
"Même si on vend 500.000 albums, on veut vivre normalement. Ca peut être flippant, mais c'est une expérience. Et ça serait bête de ne pas la tenter. C'est peut-être aussi parce qu'on a 22 ans qu'on peut le faire. A 30 ans, on pèterait sans doute les plombs". (Libération, janvier 1997 peu après la sortie de leur premier album "Homework").

Avec les casques de robots "nous trouvons nos têtes plus belles que nos têtes humaines. Les robots sont beaucoup plus amusants que nous sur la couverture des magazines. Quelle est la part de calcul et celle de la pudeur ? Impossible de répondre. On est prêts à donner beaucoup de choses, beaucoup de nous - mais en musique, sans nécessairement payer de notre personne." (Les Inrockuptibles, 2001)

Les casques de robots " c'est une sorte de micromythologie qui est une construction divertissante. Ce qui pouvait être une démarche strictement personnelle, idéologique ou politique, est devenu une démarche artistique. Ca nous a permis de garder notre âme d'enfant. Et c'est plus apte à faire rêver les gens que nos visages. On a réussi à travailler sur une sorte de culte de notre projet artistique mais en éliminant tout culte de la personnalité." (Le Matin de Genève, Novembre 2007)

Un univers artistique global

"Nous avons toujours essayé de créer un univers musical, visuel et esthétique global. Dans notre travail, la musique n'a pas une place aussi centrale que chez la plupart des autres groupes. (...) Nous avons toujours voulu nous inscrire dans une démarche plus large que celle de musiciens enchaînant mécaniquement les albums et les tournées. (...) Notre plus grande peur est de nous répéter." (Tsugi, novembre 2007)

La techno et les chapelles

"On a toujours essayé d'être curieux et ouverts sans s'enfermer dans une chapelle musicale. On a fait un premier album pour ouvrir à la techno des gens qui écoutaient du rock, comme nous à l'époque. Et on a fait le second inversement." (Tsugi, novembre 2007)

"Pour le premier album, on venait du milieu de la techno dont c'était l'émergence après avoir été issu du rock. Pour le deuxième, on a voulu se faire plaisir et revenir à la musique qu'on aimait dans notre enfance qui n'était pas si loin. On l'a fait sincèrement et sans arrière-pensée, mais on savait que ça pourrait provoquer ou gêner tous les puristes de la techno et toutes ces chapelles qu'on ne supportait pas. Pas forcément les gens qui la font mais toute l'ambiance des groupuscules de la techno qui essaient de garder le secret de ce qu'est la "bonne musique"...(Les Inrockuptibles, Hors-série, été 2007).

La tournée 2006-2007

"Pour ce qui est de l'expérience, sur scène, c'est particulier. Nous sommes dans notre scaphandre, il doit faire 40° sous le casque et on ne voit pas bien les gens. Nous devons saisir 10 à 20% de ce qui se passe autour de nous, mais c'est suffisant pour se faire une idée de la frénésie ambiante. En fait, on se sent un peu comme le Magicien d'Oz dans sa cabine en train de tourner les manivelles." (Libération, novembre 2007)

Pour le live, " on ne joue aucun morceau qui existe déjà. C'est comme si on avait tout reconstruit pour arriver à une musique originale qui utilise des centaines de samples de nos propres titres, eux-mêmes parfois bâtis autour de boucles de morceaux composés par d'autres artistes. On en est à la deuxième génération du re-sampling général, du remix ". (Trax, novembre 2007)



Un rapport méfiant à l'image

Les stars, c'est pour les ringards
Dans une autre vie, il y a très longtemps, Thomas et Guy Manuel rêvaient d'être des pop stars adulées des filles. Mais alors qu'ils sont sur le point de toucher au but peu avant la sortie de leur premier album, le tandem fait subitement marche arrière. Les stars, c'est pour les ringards. Leur contrat avec Virgin stipulera qu'ils souhaitent garder l'anonymat.

On ne les voit en photo que jusqu'à la veille de la sortie de leur premier album en 1996. Ensuite, c'est le black out intégral. Qui leur permet effectivement encore aujourd'hui, même s'ils sont connus du petit milieu de la musique électronique hexagonale, de passer inaperçus à un concert parisien de LCD Soundsystem par exemple (l'auteur de Daft Punk is Playing at my House).

Dès les premières interviews, le groupe se montre timide, mal à l'aise avec les médias, et plus encore avec l'image. Nous ne voulons pas être des stars, explique en substance Thomas Bangalter. Nous voulons vivre comme tout le monde, pouvoir sortir sans être reconnus et assaillis.

Une maturité étonnante chez de jeunes pousses qui surprend moins lorsqu'on connaît ce détail : fin observateur, Thomas Bangalter a été aux premières loges du star system et en a tiré les enseignements. Son père, Daniel Vangarde, est dans le métier: il fut, à la charnière des seventies et des eighties, le producteur des groupes étoiles filantes Ottawan ("D.I.S.C.O.") et Gibson Brothers ("Cuba").

A musique d'OVNI, têtes d'E.T.

S'ils sont peu diserts en 1996 lors de la sortie d'Homework, ils demeurent accessibles. En 2001, pour le second album Discovery, la presse est triée sur le volet et les audiences accordées au compte-gouttes se font de façon groupées, à la limite de la conférence de presse. En outre, le disque n'est plus envoyé à la presse. Les journalistes sont invités à venir écouter la musique chez la maison de disques une ou deux fois pas plus en prenant des notes.

En 2005, le groupe ne tient plus seulement la presse à distance: il refuse carrément toute interview et ne fournit aucun visuel digne de ce nom pour accompagner la sortie de son disque Human after all. Au point que certains grands titres de la presse française ont finalement été contraints de renoncer à les mettre en couverture, faute de photos.

Le concept pour justifier cette attitude est bien commode: Thomas et Guy-Man se sont transformés en robots. Comme ça, un jour en studio. Du coup, même plus besoin de masques (de grenouilles, de chiens etc...). Depuis 2001, on ne les voit plus affublés que d'énormes casques de robots.

Certes, leur désir d'anonymat se trouve en adéquation parfaite avec le mot d'ordre de départ du mouvement techno, créé en réaction au star system, et qui prône une musique sans visage « qui parle d'elle-même » - ce qu'ils répèteront d'ailleurs sur tous les tons.

Mais il résulte probablement aussi d'une complexe plus personnel basé sur leur peu d'aisance à s'exprimer en public et surtout à théoriser sur leur musique. Un journaliste anglais a dit un jour d'eux que leur tirer une phrase revenait "à faire une prise de sang à une pierre".

La spontaneité de leur créativité musicale rend peut-être aussi difficile la prise de distance tant que les oeuvres sont fraîches. Car ils savent aussi faire preuve d'analyse pertinente et de lucidité avec le recul. Aujourd'hui, Daft Punk, ou en tout cas Thomas Bangalter, s'explique très clairement sur leurs rapports à l'image.

Bangalter explique la démarche d'anonymat

Au début, "il y avait une volonté de rester anonymes pour des raisons personnelles et qui collaient à de la musique instrumentale. Mais ce n'était pas gagné", se souvient-il dans le hors-série des Inrockuptibles sorti à l'été 2007.

"Par la suite, on a réalisé qu'il y avait un vrai déficit en terme de contenu lié à ce choix d'anonymat, ce qui nous a encouragés à remplacer nos visages par des masques, puis des robots. On a créé un univers qu'on allait nourrir, enrichir. Car c'était aussi important que la musique en teme de processus créatif."

"Au moment où ça a été taxé de marketing ou d'outil promotionnel pour entretenir le mystère, on s'est rendu compte que c'était sans doute vrai mais que cela n'allait pas à l'encontre de notre intégrité: se cacher, avoir un discours radical, changer le système de l'intérieur...". La subversion par le vide ? A l'heure de l'obscenité marketing et du tout-image, ça marche!



Des vidéo-clips remarquables

On s'en voudrait d'affirmer que les vidéo-clips de Daft Punk sont responsables de leur succès. Mais on aurait tort de prétendre qu'il n'y ont pas largement contribué. Enfants des années 80, de la télé et du tout images, Thomas et Guy-Man ont surtout su choisir avec soin les vidéastes chargés d'être les ambassadeurs de leur musique sur le petit écran.

On peut même dire qu'ils ont fait preuve dans ce domaine de clairvoyance : non seulement chacun de leur clips est un véritable petit bijou truffé d'idées novatrices, mais les réalisateurs enrôlés, tels Spike Jonze ou Roman Copola, n'étaient pas encore en vue à l'époque et le sont devenus de façon éclatante par la suite. Trois clips émergent de leur premier album, le second, dont HARDER, BETTER, FASTER, STRONGER n'étant illustré que d'images du dessin-animé Interstella 5555 commandé par Daft Punk au maître de l'animation japonaise Leiji Matsumoto.

DA FUNK: Spike Jonze, futur réalisateur de l'acclamé «Dans la peau de John Malkovitch», est aux commandes du plus mémorable d'entre tous, celui de «Da Funk». Contrastant avec la bastonnade monstrueuse de la musique, avec ce morceau décervelé impérieux pour les hanches et les jambes, Jonze a créé une vidéo d'une grande sensibilité. Elle montre l'errance dans la cité d'un homme à tête de chien, la jambe dans le plâtre. Cet énergumène plutôt repoussant est accroché comme à une bouée à un vieux transistor dont le réglage sonore est bloqué sur maximum et qui beugle "Da Funk". Métaphore de l'incommunicabilité du monde citadin moderne, frénétique et clignotant, il inocule tout du long un sentiment de malaise très contagieux.

REVOLUTION 909: Roman Coppola, fils et frère de (Sofia) a commis pour sa part le plus original, celui de «Revolution 909»: on y voit notamment une mamie italo-américaine en train de préparer une sauce tomate pour spaghettis façon recette culinaire filmée. Dans la vraie vie, la dame n'est autre que la grand-mère de Roman et on peut presque sentir les arômes de l'appétissant fumet s'échapper de l'écran. Les spaghettis fin prêts attérrissent dans une boite plastique destinée à un homme, policier de son état. Cet homme tache son T-shirt blanc en dégustant sa gamelle. Il intervient quelques minutes plus tard avec sa compagnie contre une fête de jeunes. La rave improvisée est interrompue par cette descente de police et les gamins s'égayent dans la rue étroite comme une volée de moineaux. La fameuse tache de tomate sauvera la mise d'une participante. Beaucoup d'action à l'image et un modèle de télescopage d'espace-temps.

AROUND THE WORLD: Enfin, dans un tout autre registre, le Français Michel Gondry réalisateur ultérieur de "La Science des Rêves" et de «Eternal sunshine of the spotless mind », a signé le plus audacieux des clips de Daft, « Around the world ». Il a imaginé un podium-escalier censé représenter la ligne de basse, posé sur un vinyle géant où évoluent toute une série de personnages étranges, figurant qui la basse (des colosses), qui les guitares (des squelettes), les vocoders (des robots) ou les boîtes à rythmes (les momies). Un peu tape à l'oeil mais terriblement ambitieux.



La Galaxie Daft Punk
Un groupe de l'envergure de Daft Punk a généralement une sphère d'influence qui peut s'étendre assez loin. Outre les ramifications importantes du duo dans le domaine cinématographique (la coterie Coppola fils et fille de Francis + Spike Jonze, sans compter que Thomas est le compagnon de l'actrice française Elodie Bouchez) voici quelques repères de la garde rapprochée et des affiliés du duo parisien au plan musical.

ROULE, le label de Thomas Bangalter fondé en 1995 et en sommeil depuis 2003, reste dans toutes les mémoires pour avoir commis le hold-up house du siècle avec «Music sounds better with you» en 1998. Souvent imité, jamais égalé, ce morceau signé Stardust et co-crédité Bangalter/Alan Braxe/Benjamin Diamond (ce dernier, à la voix) est l'un des plus gros hits interplanétaires de la décennie, numéro 1 en Europe, aux Etats-Unis, 400.000 copies écoulées en France...

Monté au départ pour permettre à Bangalter de sortir ses propres productions – notamment «Tracks on Da Rocks» dès 1995 et «Spinal Scratch» en 1996 - tout en servant de rampe de lancement à ses amis, Roulé n'a sorti qu'une quinzaine de maxis en dix ans. Mais que du bon, et notamment d'incontournables hymnes house tels que «Vertigo» d'Alan Braxe (1997), «Hello my name is Dj Falcon» de Dj Falcon (1999) et le projet Together (Bangalter/Falcon) avec «So much love to give» en 2002.

Enfin, en 2003, il a sorti en CD (une exception pour ce label dédié au Vinyl) la B.O. du film Irréversible de Gaspard Noé.

CRYDAMOURE, le label de Guy-Manuel de Homem Christo créé en 1997, et qui n'a rien sorti lui non plus depuis 2003, a fait moins d'étincelles. S'il a surtout publié les maxis de house répétitive de Knight Club, le projet de Guy-Man et Dj Rico, il s'est aussi imposé comme un découvreur auprès d'un public pointu avec les coups d'éclat Buffalo Bunch («Take it to the street / Music box») et The Eternals «(«Wrath of Zeus»). Enfin, Crydamoure a aussi sorti les premières productions de Play Paul, qui n'est autre que le petit-frère de Guy-Man.

ED BANGER RECORDS est le label de Pedro Winter (dit Busy P), l'ancien manager de Daft Punk et manager de Justice. On y trouve notamment les remixes et le premier album de Justice, mais aussi les travaux des jeunes pousses qui montent telles que SebAstian (l'un des auteurs de la B.O. du film Steak), Uffie (présente sur l'album de Justice) et Krazy Baldhead. Ed Banger Records héberge aussi les plus connus Dj Mehdi et Mr Oizo.

KITSUNE, le label de la hype parisienne couvé par le concept-store Colette, a été fondé par Gildas Loaec qui s'occupe des labels Roulé et Daft trax de Daft Punk. Kitsune, qui est également une agence de graphisme, avait rameuté ses amis et amis d'amis - soit le Gotha électronique - autour du thème de l'amour pour son premier album "Kitsuné Love" (2003), qui rassemblait notamment Alan Braxe & Fred Falke, Dj Gregory, Todd Edwards et Gonzales. Il a ensuite publié, avec un succès croissant à chaque nouvelle sortie, quatre compilations toujours à l'avant-garde des tendances (la dernière, Kitsuné Maison 4 est sortie en juin 2007) qui l'ont imposé comme un label de têtes-chercheuses qui compte chez les prescripteurs de tendances.

DIAMOND TRAXX est le label monté en 2000 par Benjamin Diamond après le casse du siècle « Music sounds better with you » (voir plus haut à Roulé). Il y a notamment publié son propre album, «Strange attitude», mais aussi le duo Octet et Vinyl Fever, peu connus du grand public, mais aussi Hushpuppies et Nelson.



Discographie studio

HOMEWORK (1996) : Fondateur, séminal, historique, tant pour le phénomène french touch que pour la popularisation de la musique électronique auprès des masses internationales, cet album n'en a pas moins été épargné par les outrages du temps. Certains titres ont mieux vieilli que d'autres – la house filtrée plus que les titres techno. En revanche, ce qui frappe en priorité à la réécoute huit ans plus tard c'est le nombre record de pistes d'avenir qu'offrait ce disque. Une claque novatrice qui fait souffler un vent de fraîcheur salutaire sur la musique en général et aligne les tubes et les perles avec insolence : «Around the world», «Da Funk», «Burnin», «Revolution 909», «Rollin'& scratchin».

DISCOVERY (2001) : Un OVNI fulgurant et pompier, sorte de plongée musicale dans l'enfance du duo, qui n'a que peu de points communs avec la house dite “filtrée” de “Homework” d'où le malaise chez les fans de la première heure qui ne se retrouvent pas dans ce manifeste baroque et kistchissime. Les nombreuses références à Van Halen, aux Mangas Japonais (les clips) et même au Rondo Veneziano dessinent un univers chatoyant certes mais non dépourvu d'une certaine vulgarité, à revers des conventions et du bon goût. Qu'importe, cet album fait montre une fois encore d'une liberté absolue et subjugue, surprend ou déroute mais ne laisse jamais indifférent. La participation du mythique chanteur et producteur house Romanthony sur le hit “One More Time” et “Too Long” offre au duo deux de ses plus belles compositions et...deux nouveaux incontestables succès commerciaux.


HUMAN AFTER ALL (2005) S'il y a un choc cette fois, c'est un séisme en forme de déception pour beaucoup. Reclus dans leur studio pendant six semaines, Thomas et Guy Man ont accouché d'un album hybride à la fois urgent et sombre mais inabouti et redondant. La déception réside surtout dans le manque d'inspiration, le peu d'idées, voire le bégayement de certains titres. Sans compter que ce coup-çi Daft Punk qui avait toujours traçé sa route en dehors des modes, semble prendre en marche le train du “retour du rock”. Mais c'est Thomas Bangalter qui parle le mieux de ce disque avec le recul (dans Libération, novembre 2007): "C'était un disque assez brut et nous pensions qu'il y aurait une forme d'obscénité à le promouvoir. Ce serait allé à l'encontre de ses valeurs musicales assez sombres, répétitives, presque totalitaires (...) incompatibles avec la notion de réclame".

Commenter cet article

Kise56 30/10/2008 17:01

Oui MDR

vincent 30/10/2008 00:35

en effet c'est vraiment un petit résumé...

AlbatorE-ladaftdu36 29/10/2008 19:31

Toi tu appel ça un PETIT résumer
mdr!!!
^^

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