Dans cet étonnant renversement des valeurs, les Daft Punk semblent avoir joué un rôle capital, et ce même si des artistes comme DMX Krew (The Sound of the Streets en 96) ou Les Rythmes Digitales (Darkdancer en 99) les ont précédés de quelques années. En 2001, leur album Discovery se réfère en effet ouvertement et sans honte à une forme de sous-culture populaire, jouant avec les références hard-rock, les mélodies enfantines et les synthés héroïques. Au mépris du bon goût institué, les Daft parviennent alors à initier dans leur sillage, tout une nouvelle école électro et pop, une nouvelle génération prônant l'artifice et la nostalgie, et qui comme vous le savez, triomphe actuellement sur les blogs et les dancefloors. En 97, à l'heure de la sortie du premier album des Daft, une chronique publiée dans les Inrockuptibles, et restée célèbre, fustigeait avec violence les références populaires du duo. Depuis, c'est comme si tous les craintes exprimées dans cet article par son auteur, Christophe Conte, avaient fini par prendre vie. En effet, « Cet infâme connard de Giorgio Moroder » (selon les termes du papier) triomphe chez de nombreux Djs. « Herbie Hancock lorsqu'il faisait le pingouin avec ses robots (Rock it) » est un classique indémodable. Enfin, « certains tubes disco » signés Cerrone ou Ottawan, tout comme les productions « d'obscurs compositeurs italiens de BO kilométriques » constituent aujourd'hui les références culturelles et partagées de toute une génération.
Si cette tendance nostalgique rappelle bien sûr d'autres revivals que l'on a pu connaître au cours de l'histoire de la pop (l'esthétique des années 50 qui a par exemple marqué le début des années 80, de la BD jusqu'à la mode en passant par la vague rockabilly), ce mouvement récent n'est pas sans rappeler le retour de l'easy-listening initié dans les années 90. Au c½ur des années rave, quelques dandys et passionnés (un groupe comme Stereolab, Ariel Wizman et Jean Croc, les britanniques de Karminsky Project ou The Sound Gallery Team) remirent en effet au goût du jour l'esthétique du cocktail et de la musique autrefois qualifiée d'ascenceur, une certaine idée de l'élégance et de la distinction, de l'orchestration et de la pompe, à l'heure où, un sifflet dans la bouche et les yeux révulsés, certains dansaient au fond d'un hangar au son de Jeff Mills ou Manu Le Malin, ou d'autres rêvaient de rejoindre sur scène, Oasis ou Nirvana.