Street Tease : Comment se retrouve-t-on embarqué dans une telle aventure?
Violaine Schütz : C'est un livre de commande qui s'inscrivait dans la collection Un Livre, Une Chanson. Je trouvais que c'était le bon moment de faire un bouquin sur Daft Punk qui semble avoir pris encore plus d'importance avec la sortie d'Alive, tous les gens que j'interviewais citaient les Daft comme référence. Je voulais aussi entériner le fait que le cloisonnement n'a plus lieu d'être, que l'ouverture musicale est l'évolution. Le mélange des genres me touche personnellement et Daft Punk c'est tout à fait ça, notamment avec Robot Rock, c'est très générationnel, tous les groupes maintenant font une musique hybride. Les jeunes qui téléchargent aujourd'hui ne se rendent pas forcément compte de ça, avant tu étais soit dans l'électro, soit dans le rock mais pas dans les deux, c'était deux tribus distinctes.
Pour beaucoup de gens de notre génération, Daft Punk a été la première étape dans la découverte de la musique électronique ?
Oui c'est ce que dit Guillaume dans la préface, ça nous a ouvert d'autres portes, quand ils citaient en interview la techno de Detroit et tout un tas d'influence, ça nous a ouvert les oreilles vers d'autres choses, d'autres labels, d'autres horizons musicaux.
"On a beaucoup reproché aux Daft sur Discovery d'avoir des références pas très fréquentables.
Maintenant un gamin de 15 ans va télécharger 30 ans de musique en 3 jours, nous on ne pouvait pas, il fallait aller à la médiathèque, acheter des disques."
Qu'est ce qui a guidé ton choix pour le rédacteur de la préface ?
Fluokids, c'est vraiment un symbole de cet état d'esprit, où un morceau, qu'il soit underground ou overground, a sa chance. Être fluokid dans la musique c'est accepter un morceau tel qu'il est sans se dire qu'il est nul ou ringard. Souvent on fait ça spontanément, regarde la Star Ac, le gagnant va autant reprendre Taxi Girl que Julien Doré. C'est très année 2000 tout ça. On a beaucoup reproché aux Daft sur Discovery d'avoir des références pas très fréquentables.
Maintenant un gamin de 15 ans va télécharger 30 ans de musique en 3 jours, nous on ne pouvait pas, il fallait aller à la médiathèque, acheter des disques. C'est je pense inimaginable pour un gamin de 15 ans de savoir ce que c'était d'écouter de la musique dans les années 70-80-90. C'est aussi boulimique, on télécharge 50 mp3 en une heure, on va écouter 3 secondes de chaque et on va jeter la moitié. A l'époque on écoutait les disques un par un. Les Daft ont, dans un sens, prévu la crise du disque en créant un univers global, et en dépassant le statut du disque en tant que produit commercial.
"Les Daft ont, dans un sens, prévu la crise du disque en créant un univers global, et en dépassant le statut du disque en tant que produit commercial."
Comment as-tu sélectionné tes intervenants ?
J'ai essayé de prendre des gens qu'on n'interviewe pas tout le temps, comme Serge Nicolas qui a réalisé la première pochette et qui pouvait me raconter comment les Daft étaient à l'époque. Des gens aussi qui étaient à l'école avec eux. Même si il ne faut pas oublier les incontournables genre Pédro Winter.
N'est-ce pas flippant de changer aussi brutalement de format, de la sempiternelle chronique à l'ouvrage? Un journaliste musical a pour habitude de constamment respecter des formats, de calibrer... Comment as tu procédé?
Au début je me suis dit que je n'y arriverai jamais, je faisais des crises de panique, d'angoisse. C'est l'exercice inverse des articles. Ce n'est pas du tout comme écrire un grand papier. Le plus dur c'était de me dire qu'il ne fallait pas que ça n'intéresse que les fans des Daft Punk, mais aussi d'autres gens pas forcément au courant de la musique électronique. Les premiers retours me font vraiment plaisir, le forum sur les Daft Punk a adoré mais il y a aussi des gens qui n'en ont rien à foutre qui ont apprécié. C'est plutôt cool, au départ, je me disais que personne n'allait le lire (mon ½il ndlr).
"C'est assez représentatif de l'attitude des gens par rapport aux Daft à l'époque, les gens n'étaient pas préparés à la techno, il n'y en avait pas à la radio. L'accueil d'Homework a donc été très mitigé"
Le fait que les Daft Punk n'interviennent pas dans ton book est-il un choix délibéré ?
Oui, je n'ai pas cherché à rentrer en contact avec eux. Je ne disposais pas d'assez de temps pour leur consacrer une interview fleuve. J'ai pris le parti de traiter de leurs influences, de donner la parole aux gens qui entourent le duo. On peut contester ce point mais il ne s'agit pas d'une biographie, c'est un essai sur l'impact d'un morceau sur une génération. On peut ne pas être d'accord, mais c'est mon parti pris.
Tu fais référence dans l'ouvrage à une chronique au vitriol parue dans les Inrocks à l'époque, devenue culte par la suite...
C'est assez représentatif de l'attitude des gens par rapport aux Daft à l'époque, les gens n'étaient pas préparés à la techno, il n'y en avait pas à la radio. L'accueil d'Homework a donc été très mitigé, il y a eu beaucoup de mauvaises critiques. En grande partie parce qu'en dehors des raves ou des gens qui étaient dans l'électro, le milieu journalistique n'était pas du tout au courant.
Tu as un pied dans la presse écrite, l'autre dans la blogosphère, quel est ton sentiment sur l'évolution des deux médias ?
Il y a une étude qui est sortie récemment disant que les gens n'ont plus confiance dans la presse musicale, ils préfèrent les blogs. Ça prouve que les gens ont la culture des blogs. J'ai fait mon mémoire sur le journalisme à l'heure du numérique, ça date un peu mais les choses n'ont pas vraiment changé, la réactivité du net est une bonne chose mais elle est aussi à l'origine de nombreuses erreurs, les gens ne vérifient pas les sources. Au moins en presse écrite tout est vérifié, il y a de vrais infos, ce qui n'est pas le cas de tous les blogs.
source : street-tease