Donc Paul, 32 ans, Producteur, DJ, Chanteur, Live Performer avec plus de dix ans de carrière à mon actif. Connus aussi sous les noms de Buffalo Bunch (avec Raw Man), Syndicated People, The Migrants et maintenant Ryskee.
Quel est ton parcours musical ?
Hip-hop français, puis heavy metal, glam rock, thrash puis filter house puis électro puis "E-Pop" maintenant ! Au départ j'étais batteur dans de nombreux groupes de lycée dont Seven Tracks aux côtés de Romain Tranchart de Modjo. Ensuite j'ai fondé Buffalo Bunch avec Raw Man, puis petite incartade hip-hop avec un morceau pour Diam's ("Pogo" et oui !) en 2001 puis direction l'électro sur Gigolo et maintenant Ryskee, mon nouveau projet électro-pop (E-Pop, histoire d'inventer un énième courant musical) qui en fait est du "RnB de Blancs" selon moi. La chanteuse étant dano-malaysienne et moi germano-portugais, il était difficile de présenter le projet comme RnB...
Tu signes depuis plusieurs mois voir même années sur de prestigieux labels comme Gigolo, Kitsune, Defected, Crydamoure, Craft, Set... Que t'apporte le fait de pouvoir signer sur de nombreux labels ? Cela permet-il de s'ouvrir plus facilement à d'autres types de sonorités ?
Je ne suis pas intégriste de tel ou tel style musical, mes influences le prouvent. Quand je finis un morceau, alors en effet, parfois je réfléchis en terme de labels car chaque label a son style, sa touche. Lorsque j'ai signé Syndicated People sur Defected c'était au final une mauvaise idée... Je définissais le morceau comme de la "hooligan-house" alors que Defected était et reste toujours très house voire garage parfois. Les ventes ont été mauvaises alors que les playlists, les gros magazines anglais plébiscitaient vraiment le morceau. A cela s'ajoutait une sortie au pire moment, en 2003-2004, la vraie année pourrie dans le business de la musique. De plus, je voulais m'affranchir du côté un peu "clanique" de Crydamoure. Attention, je ne dis pas "clanique" dans le sens où Guy Man (Daft Punk) et Rico recherchaient ça, loin de là, mais plutôt aux yeux des autres labels qui nous croyaient liés corps et âme au label.
“Leave Me Amor” avec Leslie Ming est ton dernier EP sous ton nouveau projet "Ryskee". Qu'est-ce que ça représente pour toi ?
Ca représente énormément. C'est aussi la première sortie sur mon propre label Apologee ouvert spécialement pour le titre. Je suis à une étape cruciale de ma carrière, la plus importante. Etant un sacré tire-au-flanc, je me suis longuement contenté de partir mixer chaque week end, être très bien payé (pour ce que c'est) et ne rien foutre de la semaine en studio (le team Kitsune peut confirmer... héhé). Maintenant je n'ai aucun souci à reconnaître que je suis dans le creux de la vague en tant que Play Paul et que je l'ai moi-même bien cherché. D'ailleurs mon site www.playpaulmusic.com a explosé la semaine dernière, crash complet. Je le prends comme un signe des dieux, je cherche tellement à faire assassiner Play Paul par Ryskee que ça commence à se produire !
Comment qualifieriez-vous votre projet ?
A la base, il ne s'agit pas d'un projet. Une ex m'a présenté Leslie un soir où je mixais au Régine et je lui ai dit que j'avais un morceau sur lequel il me fallait absolument une voix scandinave (car souvent très particulières). "Leave Me Amor" trainait depuis plus d'un an dans mes tiroirs, on a fait un essai et le résultat m'a fait frissonner comme rarement. Pour des raisons de communication et à cause d'un certain handicap familial, je n'ai pas envie de montrer ma belle gueule partout, loin de là. On a donc décidé de proposer directement un featuring et non Ryskee seul. Leslie sera l'image du projet et par la suite elle deviendra sûrement artiste seule, à part entière, pour les prochains singles.
Que ce soit en solo ou en duo comme avec Leslie Ming, ta façon de travailler est-elle la même ? Des anecdotes ...
Non ça ne peut pas être la même... Pour "Leave Me Amor", tout était écrit et prêt, Leslie n'avait plus qu'à chanter. Je l'ai faite venir en avril pour avancer sur de nouveaux morceaux. Je lui avais envoyé les instrumentaux pour qu'elle puisse écrire et composer les mélodies de chant et ainsi se sentir vraiment impliquée dans l'histoire. Le résultat est vraiment bon, elle écrit et compose très bien, ce dont je n'étais pas sûr au début. Elle est venue du dimanche soir au mardi soir pour bosser non stop. On était vraiment crevé par moments et sur la fin, sur le dernier track que l'on écrivait à deux, je pense qu'elle a ressenti comme moi cette terrible envie de me foutre son poing dans la gueule, héhé...
Quelle vision portes-tu sur la scène électronique ? Tu peux bien sur balancer...
Too many dj's, too many labels, too many producers, too many parties, too many troudbals etc... Y a trop de tout ! Il y a 10 ans, je pointais avec plaisir l'avènement du home studio et la possibilité pour chacun de faire de la musique. Maintenant je pense un peu l'inverse. Comme dans tout corps de métier, encore plus dans l'art, si tu baisses la garde, tu te fais kicker par de jeunes cons qui ont la niaque propre à la jeunesse. Parfois ces jeunes ont une culture musicale générale et électro en particulier, vraiment minables. C'est purement hallucinant dans certains cas et ça démontre bien que l'intention n'est pas vraiment sincère à la base. Elle ne provient pas d'un réel désir de faire telle ou telle musique mais pour beaucoup, d'un désir d'être le mariole aux platines qui joue des disques et qui veut avoir la côte avec les minettes. Combien de filles évoquaient Guetta et Sinclar quand je disais sur Meetic que j'étais DJ (véridique, héhé). Evidemment il ne faut pas généraliser mais les DJ's sont devenus des stars comme les joueurs de foot, c'est un phénomène relativement récent avec tout les mauvais côtés que ça apporte. Le talent se dissout complètement du coup. Trop de parasytes qui font de la musique pas mal, sans âme. Je suis tout à fait conscient de faire très "vieux con" en disant tout cela mais il y a un vrai côté néfaste pour certains jeunes qui se lancent à fond dans une voie vraiment difficile et sur-saturée. D'ailleurs les plateformes digitales (Itunes, Beatport etc...) commencent à refuser de plus en plus la commercialisation de certains projets car au final trop d'offre tue la demande.
Un titre à conseiller en ce moment ?
Un titre non, une chaîne oui. VH1 Classics, je la recommande vivement aux 15-25 ans. c'est la chaîne 80's de MTV, disponible pour 50cts/mois sur les "box" style Free, Orange etc (ça reste moins cher qu'une sonnerie de merde). C'est une véritable mine d'or. J'ai grandi dans les 80's et l'audace, la créativité de cette époque me rendent hyper nostalgique, tout l'inverse d'aujourd'hui ou rien ne se crée et tout se réplique, se copie. On est dans l'ère de l'ersatz incestueux et de la prudence des majors, il suffit de regarder toutes les émissions radio-crochet style Star Ac' et Nouvelle Star. Que de la récup, de la copie, des covers et tout ça vend ce qui massacre à petit feu certains talents vraiment nouveaux.
En dehors des musiques électroniques, qu'aimes-tu écouter ? qu'aimes-tu regarder ?
Ca peut toujours sembler étonnant mais je fais partie des rares musiciens qui écoutent très peu de musique. Deux raisons à cela : la peur des influences et la bonne santé de mes oreilles qui sont mon fond de commerce. Sinon mes amis facebook peuvent attester de mon assiduité devant BFM TV et sinon surtout des films, d'auteur si possible.
Un conseil à prodiguer à toute personne qui aimerait s'investir tout comme toi ?
Y refléchir à trois fois. Je ne me suis pas tant investi que ça à la base, je pense en toute objectivité avoir fait de la musique suffisamment intéressante à mes débuts pour profiter de ma filiation avec Guy Man ce qui a été une vraie rampe de lancement. Mais comme je dis, si les premiers morceaux de Buffalo Bunch avaient été foncièrement mauvais, Raw Man et moi n'en serions pas là donc pas de quoi rougir.
Pour terminer cette interview Paul, désires-tu conclure sur quelque chose ?
J'ai surtout envie de remercier tous les bloggeurs comme toi qui nous soutiennent dans nos nouvelles aventures. L'industrie de la musique est devenue tellement n'importe quoi que l'on se retrouve à remercier ceux qui, dans une certaine mesure, nous privent de nos royalties, si c'est pas fort ça !
source KBC