Ce n'est pas très clair. Quoi qu'il en soit, le pauvre marche difficilement à l'aide d'une béquille. Il essaye d'engager la conversation avec les gens de son nouveau quartier malgré son ghettoblaster sur l'épaule, sans succès. Les images de Spike Jonze, des sons de guitare filtrés et une basse qui martèle: la planète entière allait être conquise par Da Funk et deux Français masqués, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, vendraient deux millions de copies de Homework, leur premier album.
Moins d'une décennie plus tard, après un vidéo de Michel Gondry (Around the World), une tournée mondiale (Alive 1997) et un album aux influences disco totalement assumées (Discovery, 2001), le duo parisien est officieusement devenu has been au moment de lancer son troisième album, Human After All, en 2005. Tut tut tut! Inutile de nier, on se souvient très bien de vos sarcasmes. «Je pense qu'ils ont mis un faux album sur Internet pour pas que les gens le téléchargent illégalement.» «Ouache! Un glow stick avec ça?» «Je les aime bien, ces jeunes» (dixit quelques papys égarés).
ÉLIXIR DE JEUNESSE
Mais has been, ils ne sont plus depuis qu'une bande de jeunes geeks aux jeans serrés et aux t-shirts colorés se sont réclamés des «Dafts». Leur rajeunissement s'est confirmé l'année dernière lorsque les Para One, SebastiAn, Digitalism et Erol Alkan, porte-étendard (pas tous Français) de cette «new french touch», ont participé à une version remixée de Human After All, exclusivement disponible au Japon. Aujourd'hui, Daft Punk est omniprésent et ceux qui souhaitaient sa mort se sont tus. Pas mal! Mais à quoi est dû ce retour en force? NIGHTLIFE a isolé quatre raisons possibles:
1) L'avant-garde
Peut-être n'entendrait-on pas autant parler de Daft Punk en ce moment sans le coup de pouce d'Ed Banger (Justice, Uffie, SebastiAn) et de Kitsune (Digitalism, Simian Mobile Disco). Ces deux étiquettes à la tête de la nouvelle scène française, qui ne cachent pas avoir puisé chez le duo leur inspiration, l'ont fait passer du statut de vieux mononcles quétaines à celui de parrains encore cool. Le cas Ed Banger est plus une question de filiation naturelle: son fondateur est Pedro Winter, l'ancien gérant de Daft Punk. Mais même la branchée étiquette Vice Records a choisi de distribuer cet automne le DVD de son dernier projet, le film Electroma. Une chose est sûre, jeunes et moins jeunes découvrent ou redécouvrent en ce moment le bonheur de se trémousser sur de longues pièces rythmées par une basse bien grasse.
2) L'image
Inlassablement, Bangalter et de Homem-Christo donnent des concerts futuristes, grandioses, et se coiffent de casques de robot pour cacher leur visage. Sur écran, ils ne sont guère plus accessibles. On pense à Interstella 5555, un film d'animation réalisé en 2003 par le père d'Albator, Leiji Matsumoto, et qui devait être séparé en 14 vidéoclips qui illustreraient l'album Discovery. Finalement, les MTV de ce monde n'en ont diffusé que quatre et il a fallu se rabattre sur le grand écran ou le DVD pour le voir dans son intégralité. Electroma, où deux robots tentent de se faire passer pour humains (tiens tiens), n'en révèle guère plus. En enfants de la télévision, ils ont compris l'importance de l'image de marque: chaque pochette de disque, chaque produit dérivé est estampillé du logo «Daft Punk», inébranlable.
3) Think big, esti
Contrairement à nombre de leurs compatriotes, leur nationalité ne les a pas empêchés de viser le sommet et de conquérir le monde. Ils sont admirés en France, adorés au Japon et respectés aux États-Unis. On ne s'étonne même pas que Kanye West ait choisi d'échantillonner Harder, Better, Faster, Stronger .
4) La ténacité
On a rarement vu groupe plus têtu malgré les reproches qu'on lui a adressés: Discovery était trop commercial, Interstella 5555 est endormant; Human After All ne possède d'humain que le titre et Electroma ressemble à un 2001 Space Odyssey raté. Daft Punk est demeuré inflexible. Résultat: on aura été des milliers au Centre Bell à crier « One more time we're gonna celebrate !
Oh Yeah, all right, don't stop the dancing ! »